SCÈNE XI
CRLSP1N, NÉRINE.
NBHINK.
Que je les plains I Ils me font pitié, les pauvres enfants.
CBISPIH.
Et à moi aussi. Il y a pourtant quelque chose d'agréable pour moi dans cette aventure. Léandre est aussi malheureux que je le suis: nous nous désespérerons de compagnie, et nous pleurerons tant ensemble, qu'à la fin nous n'aurons plus la force de nous affliger. * ■
(réniNE.
Comment i vous mourrez?
cmspiN.
Non; nous noua consolerons.
nrniHK.
Ah! traître! tu m'oublieras donc?
CHISPIN.
Ma fol 1 yéui-ta que je te dise ? j'ai peur que ton mari ne vive trop long-temps , et il faut que je fasse une fin. Je suis déjà si soûl d'affliction! Vois-tu, ehacun a son tempérament. Les uns sont propres à s'abreuver de larmes , et à se nourrir de lamentations ; pour moi , cela me fait maigrir. La joie est mon aliment. Depuis. que je sais que tu es mariée, j'ai fait mon possible pour mourir de douleur. Tiens, mon enfant, je ne m'en porte que mieux ; j'en enrage , mais ce n'est pas. ma faute si je suis fait pour vivre. 1
nbMihs.
Oui 1 tu le prends sur cetou-là ? Oh bien [puisque tu as si peu de délicatesse , je sais bien quij 'aimerai pour me venger de toi.
CBISPiN.
Et qut aimeras-tu ?
SKBIffB.
CRISFIH,
Je t'en défie. Mais laissons tout-cola: nous allons nous quitter peur long-temps, car mon maître va partir tout à l'heure. De quelle manière, veux-tu
que nous nous séparions ? Entre gens sensés , qui s'aiment tendrement , il y a une certaine façon de prendre congé l'un de l'autre, qui ne laisse que d'agréables idées. Ces adieux... tu m'entends bien , te vengeroient de la jalousie de Pagqoin, et moi, du chagrin que j'ai de le voir ton mari. D'ailleurs, tu te souviens du marché que nous avons fait : ce seraient des arrhes que tu me donneroii ; et après le tour que tu m'as joué , ma chère , il est bon qu'en partant j'aie mes sûretés.
NÉH1NE.
Merci de ma rie l Four qui me prends-tu ?
CBISPIH.
Eh! mais je te prends... je te prends pour «ne
femme.
KËnlSE.
Va , traître ; après une pareille proposition , je te verrai partir sans regret.
CRISPIN
Après un pareil refus , ton absence ne me tuera pas.
hebine.
Je vais chercher mon mari , et me raccommoder avec lui.
CBJSPIH.
Etmoi, je vais faire autant de maîtresses que je trouverai de jolies soubrettes.