LE JOUEUR, ACTE I, SCENE III
l'ne longue steinkerque à replis tortueux , Un haut-de-chausse bas prêt à tomber sous eux ; Qui , faisant le gros dos , la main dans la ceinture, Viennent , pour tout mérite , étaler leur figure P
HECTOH.
C'est le goût d'à présent; tes cris sont superflus, Mon enfant.
NÉBINE.
Je veux , moi , réformer cet abus.
Je ne souffrirai pas qu'on trompe ma maîtresse , Et qu'on profite ainsi d'une tendre faiblesse ; Qu'elle épouse un joueur, un petit brelandier, Un franc dissipateur, et dont tout le métier Est d'aller de cent lieux faire la découverte Où de jeux et d'amour on tient boutique ouverte , Et qui le conduiront tout droit à l'hôpital .
HBCTOB.
Ton sermon me parolt un tant soit peu brutal. Haut , tant que tu voudras , parle , prêche, tempête , Ta maîtresse est coiffée.
NÉBINE.
Et crois-tu, dans ta tête, Que l'amour sur son cœur ait un si grand pouvoir ? IWt est fille d'esprit ; peut-être dès ce soir Dorante , par mes soins , l'épousera.
KECTOB.
Tarare!
Elle est dans dos filets.
KBBINE.
Et moi je te déclare Que je l'en tirerai dès aujourd'hui.
HBGTOB-
Bon 1 bon t
WÉBINB.
Que Dorante a pour lui Nérioe et la raison. \r-
HXCTOK.
Et nous avons l'amour. Tu sais que d'ordinaire , Quand l'amour veut parler , la raison doit se taire . Dans les femmes , s'entend. '
HÊHINB.
Tu verras que chez nous Quand la raison agit, l'amour a le dessous. Ton maître est un amant d'une espèce plaisante' Son amour peut passer pour fièvre intermittente ; Son feu pour Angélique est un flux et reflux.
HBCTOB.
Elle est, après le jeu, ce qu'il aime le plus. I
NEBINE.
Oui , c'est la passion qui seule le dévore : Dès qu'il a de l'argent , son amour s'évapore.
HBCTOB.
Hais en revanche aussi , quand il n'a pas un sou , Tu m'avoueras qu'il est amoureux comme un fou.
nbbine.
Oh ! j'empêcherai bien...
HBCTOB.
Nous ne te craignons guère; Et ta maltresse, encor hier, promit à Valère De lui donner dans peu , pour prix de son amour , Son portrait enrichi de brillants tout autour. Nous l'attendons , ma chère , avec impatience : Nous aimons les bijoux avec concupiscence.
Ce ' portrait est tout prêt , mais ce n'est pas pour lai , Et Dorante eirsera possesseur aujourd'hui.
HBCTOB.
A d'autres.
H'est-ce pas une honte à Valère, Étant fils de famille , ayant encor son père , Qu'il vive comme il fait , et que , comme un banni , Depuis un an il loge en un hôtel garni ?
Eh ! vous y logez bien , et vous et votre clique.
nebiite.
Est-ce de même , dis? Ma maîtresse Angélique, Et la veuve sa sœur , ne sont dans ce pays Que pour un temps , et n'ont point de père à Paris.
HBCTOB.
Valère a déserté la maison paternelle, J
Hais ce n'est point à lui qu'il faut faire querelle ; Et si monsieur son père avoit voulu sortir, Nous y serions encore , a ne t'en point mentir. Ces pères, bien souvent, sont obstinés en diable.
NBBINE.
Il a tort, en effet, d'être si peu t rai table! Quoi qu'il en soit, enfin, je ne t'abuse pas, Je fais la guerre ouverte ; et je vais , de ce pas , Dire ce que je vois , avertir ma maîtresse Que Valère toujours est faux dans sa promesse ; j Qu'il ne sera jamais digne de ses amours ; j
Ou'il a joué , qu'il joue , et qu'il jouera toujours, .dieu.
HBCTOB.
Bonjour.
HECTOR, Md.
Autant que je m'y puis connottre , Cette Hérine-ci n'est pas trop pour mon maître. A- t-elle grand tort ? Hon , c'est un panier percé , Qui™
. l« du* l'édition o.igtnale, ce dam la éditions modernes
OEUVRES DE REGNARD
VALERE , HECTOR
( Vilère parait en désordre , comme nn homme qui ■ joué loole ta nuit. )
HECTOR
Mais je l'aperçois. Qu'il a l'air harassé! On soupçonne aisément, à sa triste figure , [usure. Qu'il cherche en vain quelqu'un qui prête à triple
VALÈRE
Quelle heure est-il?
kbctob. . [ pas.
Il est... Je ne m'en souviens
VALÈRE
Tu ne t'en souviens pas?
BBCTOB.
Non, monsieur.
Je suis las De tes mauvais discours; et tes impertinences...
HECTOR . * part
Ma foi , la vérité répond aux apparences.
VALÈRE
Ma robe de chambre.
(Apârt) Euh!
HECTOR, 1 part.
Il jure entre ses denu.
v alèse.
Eh bien! me faudra- t-il attendre encor long-temps?
( Il m proraàne. ) HBCTOR.
Eh ! la voilà , monsieur.
(Il mil »on maître, tenant u robe de chambre tonle déployée.)
VALÈRK , se promenant.
Une école maudite Me coûte , en un moment , douze trous tout de suite. Que je suis un grand chien 1 Parbleu, je te saurai, Maudit jeu de trictrac, ou bien je ne pourrai. Tu peux me faire perdre, ô fortune ennemiel Mais me faire payer , parbleu , je t'en défie : Car je n'ai pas un sou.
HECTOR , tenant toujours la robe.
Vous plairoit-il, monsieur,..?
VaLebb , se promenant.
Je me ris de tes coups , j'incague ta fureur.
Votre robe de chambre est , monsieur , toute prête.
VALÈRE
Va te coucher , maraud ; ne me romps point la tête. Va-t'en.
HECTOR
Tant mieux.
VALÈRE, K mettant dans un tuitenil.
Je veux dormir dans ce fauteuil.
Que je suis malheureux ! Je ne puis fermer l'œil. Je dois de tous cotés , sans espoir , sans ressource. Et n'ai pas, grâce au Ciel , un écu dans ma bourse. Hector!... Que ce coquin est heureux de dormir! Hector!