‹ Œuvres choisies de DestouchesChapitre 913 sur 1244 · LE PHILOSOPHE MARIE, ACTE III, SCENE III · texte numérisé non relu

LE PHILOSOPHE MARIE, ACTE III, SCENE III

Ont pu , dam votre cceur, exciter quelque espoir. Pour bien juger, il faut d' «actes connoi séances : Ainsi , n'oublie* pas les moindres circonstances;

MILITE, d'un tir piqué.

Et sachez , pour ne pas l'èclaircir à demi , Qu'il n'y prend d'autre part que celle d'un ami , Tout prêt à me blâmer, tant il est juste et sage , Pour peu que contre moi vous ayez d'avantage.

ARISTB.

Abl je vous en reponds. Fiei-vous-en à moi.

LE MARQUIS

Vous verres a quel point ira ma bonne foi.

ARISTB.

Dépêchez.

LE MARQUIS

Je dis donc, sans aucun préambule, Que lorsque je lui fis un aveu ridicule De mes feux ( car il faut l'avouer franchement. Je sais que je m'y pris très-ridiculement), Elle me répondit par un éclat de rire. Qui me déconcerta plus que je ne puis dire.

ARISTB.

Passons; jusqu'à présent elle n'a point detort.

LE MARQC1S-

Piqué jusques au vif, je jurai, mais très-fort. De ne la plus revoir; et quelques jours ensuite , En sortant de chez vous , je lui rendis visite. Je crus qu'elle riroit d'un aussi prompt retour; Mais d'un grand sérieux accueillant mon amour, Elle me fit trembler, et près d'elle en silence, Pour la seconde fois je perdis contenance.

AHISTR.

Avancez,

LE KABQUIS

Je sortis sans Ini dire un seul mot, Sentant que je m'étois comporté comme un sot.

ABISTE.

Ensuite.

LE MARQUIS

Je boudai. Trois grands mois se passèrent'; Mais au bout de oe temps mes feu» recommsiiuére nt : Je revins plein d'ardeur, et je parlai des mieux. Elle me fit alors un accueil gracieux.

ABISTE, ThemcU à MSilte.

Gracieux?

NBLITB. eo «ourlant.

Tout des plus.

LE MARQUIS

Et me dit sans colère Que puisque j'aspirois au bonheur de lui plaire, Elle vouioit aussi m'en donner le moyen. Elle me fit jurer de m'en servir .

ABISTE. d'an *tr eomftmé. ,

Fort bien.

LK MARQUIS

Je promis , je jurai , sans savoir son idée : Et quand mille serments l'eurent persuadée... Ceci va vous surprendre.

ARISTB.

Achevez promptement.

LE MARQUIS

■ Marquis , écoutez-moi, dit-elle gravement :

« Quoique de tous vos soins je me tienne honorée,

■ Je ne puis vous aimer, la chose est assurée :

• Maismaso»r,piusaimableetplusbellequemoi,

■ Sans doute recevrait vos vœux et votre foi.

• Si vous voulc7.meplaire, offrez-lui l'iroetrautfe.

• Demandez-lui son coeur, et donnez-lui le vôtre;

■ Son mérite éclatant bientôt vous charmera , « Et de votre mémoire enfin me bannira.

■ J'exige cet effet de votre complaisance;

■ Sinon, jevomfdrifends pourjamais ma présence. ■ .

AJUSTE

Mais vraiment ce discours étoit plein de raison.

LE MARQUIS, vtTMncnL

Vos applaudissements sont fort peu de saison.

ARISTB.

Enfin, que fîtes-vous?

LBMABQ018.

Je devina en furie De voir que l'on m'eût fait cette supercherie. Ce n'est pas tout encor.

ABISTB.

Quoi! pas Mut, dites-vous?

Que fait-elle de plus ?

LE MARQUIS

Elle me rend jaloux.

ARISTB.

Et de qui?

le marquis.

Je ne sais. Mata enfin la cruelle

M'a juré qu'elle aiinoit ailleurs. Jamais, dit-elle, Rien ne pourra ravir son estime et son cceur A celui qu'en secret elle en rend possesseur.

ABISTE, k veuiB.

Avez- vous dit cela P

MB LITE.

Je ne puis m'en défendre :

Oui , j'aime , et j'aimerai.

ARISTK, au Mll-qafi.

Je ne saurais comprendre Que vous l'aimiez encore après de tels aveux , Vous, dont mille beautés, en vain briguent les voeux.

LK MARQUIS

P'un cœur rebelle et fier l'ordinaire supplice , C'est qu'il aime a la fin , et que l'on le haïsse.

Hais si d'elle , une fois , je {tais me dégager, Par les plus dors mépris je prétends me ranger.

AttlSTB.

Bâtez-vous, croyez-moi.

MÉLITK.

J'aime qu'on me méprise.

LE MARQUIS

Morbleu !... Mais j'ai tout dki imitez ma franchise. Ariste, est*» poux tous que je suis maltraité?

Je tous laisse avec elle en pleine liberté. Voyez si tos efforts pourront , en mon absence , Attirer plus d'égards et de reconnoîssance. Vous voulez l'épouser. Je vous jure d'honneur Que , si cela se peut, j'y consens de bon coeur. Mais je connois Mélite, et si quelqu'un possède Son estime et son cœur, Tous souffrez sans remède , A moins que, résolu de n'aimer plus eu vain. Vous n'offriez ailleurs tos toeux et votre main. Tonna pourrie: mi eu. taire, à toc* parier «m feindre ; Croyez-en un ami qui ne peut que tous plaindre.

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