LE GLORIEUX, ACTE II, SCENE V
Si j'étcis un parti qui lui pût convenir. Voilà tout.
Je le crois. Mais je crains l'avenir ; Votre amour vous rendra malheureux l'unet l'autre.
LISETTE
Vous avez votre idée, et nous avons la notre.
ISABELLE
Comment donc ?
LISETTE
Quelque jour j'éclaircirai ceci.
Sur votre frère enfin n'ayez aucun souci. Ne vous alarmez point de ce que je hasarde , Et venons maintenant à ce qui vous regarde.
ISABELLE
Volontiers.
LISETTE
De mon oeur vous connoissez l'état ; Parlons un peu du vôtre. Inquiet, délicat, Aux révolutions il est souvent en proie. CoBonasat se porte- 1 -il ?
. Mal.
LUETTE
J'en ai de la joie.
II est donc bien épris ?
Oui, Lisette; si bien Qu'il le sera toujours.
LUETTE
Oh ! ne jurons de rien.
ISABELLE
J'en ferois bien serment.
Le Ciel vous en préserve !
Pourquoi donc ?
LISETTE
Votre esprit a toujours en réserve Quelques si, quelques mais, qui, malgré votre ar- Pénètrent tôt ou tard an fond de votre cœur, [deur, Le Comte est sûrement d'une aimable figure, Son mérite y répond , OU du moins je l'augure ; Hais vous ne le voyez que depuis quelques mois , Vous le connoissez peu. C'est pourquoi je prévois Qu'avant qu'il mil huit Jour», crnjml le miemcoooollre, Quelque défaut en lui vous frappera peut-être.
ISABELLE
Cela ne se peut pas. C'est un homme accompli. De su perfections mon cœur est si rempli , Qu'il le met a couvert de ma délicatesse. S'il a quelque défaut , c'est son peu de tendresse. Il nie voit rarement.
LISETTE
C'est qu'il a du bon sens.
Qui se fait souhaiter, se fait aimer long-temps. Qui nous voit trop souvent , voit bientôt qu'il nous ibabelle. [lasse.
Vous l'excusez toujours; mais dites-moi, de grâce, Ne lui trouvez-vous point quelques défauts?
LISETTE
Qui ? moi ?
Pas le moindre.
ISABELLE
Tant mieux.
LISETTE
Hais s'il en a , je croi Qu'ils n'échapperont pas long-temps à votre vue ; Et c'est tant pis pour vous. Etes- vous résolue De ne prendre qu'un homme accompli de tout point? Cet homme est le phénix ; il ne se trouve point. Si le Comte à vos yeux est ce rare miracle. Croyez-en votre cœur ; que ce soit votre oracle. Mettez l'esprit à part, suivez le sentiment; S'il vous trompe, du moins c'est agréablement. Il est bon quelquefois de s'aveugler soi-même, Et bien souvent l'erreur est te bonheur suprême.
ISABELLE
Me voilà résolue à suivre vos avis.
LISETTE
Vous me remerctrez de les avoir suivis. Mais que va devenir notre pauvre Philinte? Son mérite autrefois a porté quelque atteinte A votre cœur.
Je sens qu'il m'ennuie à mourir.
Je l'estime beaucoup, et ne puis te souffrir. Le moyen d'y durer ? Toutes ses conférences Cousistent en regards, ou bien en révérences : Dès qu'il parle, il s'égare, il se perd; en un mot. Quoiqu'il ait de l'esprit , on le prend pour un sot.
Le voici.
ISABELLE
Que veut-il ?
LISETTE
A votre esprit critique Il vient fournir des traits pour son panégyrique.