LE JOUEUR, ACTE II, SCENE V
Ces fades compliments sur de grands mots montés ,
1 Ces protestations qui sont futilités , Ces serrements de mains dont on vons estropie , Ces grandsembrassements dont un flatteur vous lie, M'ôtent à tout moment la respiration :
On ne s'y dit bonjour que par convulsion.
ANGÉLIQUE, la muqvU.
Les dames de la cour sont bien mieux votre affaire ? le mauquis. [plaire:
Point. Il faut être au moins gros fermier pour leur Leur sotte vanité croit ue pouvoir trop haut
i A des faveurs de cour mettre un injuste taux ' . Moi, j'aime à pourchasser des beautés mitoyennes. L'hiver, dans un fauteuil, avec des citoyennes , Les pieds sur les chenets étendus sans façons , le pousse la fleurette, et conte mes raisons. La toute la maison s'offre à me faire fête ; [ néte : Valet, filles-de-chambre, enfants, tout est hon- L'époux même discret , quand il entend minuit , Me laisse avec madame , et va coucher sans bruit. Voilà comme je vis , quand parfois dans la ville Je veux bien déroger. . .
rbritie.
La manière est facile; Et ce coininerce-là me paroît assez doux.
LB MARQUIS, k la corntene.
C'est ainsi que je veux en user avec vous. 1
Je suis tout naturel , et j'aime la franchise : I Ha bouche ne dit rien que mon cœnr n'autorise : Et quand de mon amour je vous fais un aveu , Madame, il est trop vrai que je suis tout en feu.
LA COMTESSE
Fi donc , petit badin , un peu de retenue ; , Vous me parlez, marquis, une langue inconnue : I Le mot d'amour me blesse , et me fait trouver mal.
I LB MARQUIS
L'effet n'en seroit pas peut-être si fatal.
m KÉRIEIE.
j : Elle veut qu'en détours la chose s'enveloppe ; i \ Et ce mot dit à cru lui cause une syncope.
ANGÉLIQUE
Dans la bouche d'un autre il deviendroit plus doux.
LA COMTESSE. [ VOUS
Comment? Qu'est-ce? Plaît-il ? Parlez ; expliquez- Parlez donc , parlez donc. Apprenez , je vous prie , Que mortel , quel *• qu'il soit , ne me dit de ma vie Un mot douteux qui pût effleurer mon honneur.
LB MARQUIS
Croiroit-on qu'une veuve auroit tant de pudeur ?
1 Taux ne peut pu rimer avee Ami. Dam l'édition orif> ute oui écrit la* ;duu celle de ins.laM. fe.Mlit:
Hais Valère v
LB MARQUIS
Qu'est-ce à dire , Valère 1 Un autre ici conjointement soupire !
Ah! si je lesavois, je lui ferois, morbleu!... Où loge-t-il ?
«BRIHE.
Lu MARQUIS bit nmbUoI de a'en aller et rarleuL Nous nous verrons dans peu.
LA COMTESSE
Hais quel droit avez-vous sur moi ?
LE MARQUIS
Quel droit , ma reine?
Le droit de bienséance avec celui d'aubaine. Vous me convenez fort, et je vous conviens mieux . Sur vous l'on sait assez que je jette les yeux.
'Vous êtes fou, marquis, de parler de la sorte.
LE MARQUIS
Je sais ce que je dis, ou le diable m'emporte.
LA COMTESSE
Sommes-nous donc liés par quelque engagement ?
LB MARQUIS
Non pas autrement... mais...
LA COMTESSE
Qu'est-ce à dire ? comment ?..'.
Parlez.
LE MARQUIS
Je ne sais point prendre en main des trompettes, Pour publier partout les faveurs qu'on m'a faites.
AKGRUQUE.
Hé, ma sœur 1
HBRIHE.
Des faveurs!
LE MARQUIS
Suffit, je suis discret -, Et sais , quand il le faut , oublier un secret.
LA COMTESSE
On ne connott que trop ma retenue austère. Il veut rire.
LB MARQUIS
Ah ! Parbleu , je saurai de Valère Quel est , en vous aimant , le but de ses désirs , Et de quel droit il vient chasser sur mes plaisirs.