SCÈNE XII
DE JORDY ET CAROLINE , sortant de la chambre à droite; ÉDOUARD, CHAMPENOUX, dans le fond.
CAROLINE
Il suffit, monsieur, je vous crois; et , puisqu’Édouard aime Cécile, puisqu'ils s’aiment, qu’ils se marient, et que je n’en entende plus parler. Ce mariage, d’ailleurs, a toujours été ce que je désirais , vous le savez ; et je ne vois pas pourquoi, ce matin , M. Édouard ne m’a pas parlé de celte grande passion, et pourquoi c’est vous , monsieur, qu’il a honoré de ses confidences. (Apercevant Édouard.) Approchez, monsieur ; approchez donc. (Édouard «'approche.) Depuis quand évitez-vous mes regards? depuis quand ma présence vous fait-elle fuir?
Ma marraine, ne vous fâchez pas , ne soyez pas en colère contre moi , je vous en prie.
CAROLINE
Moi , en colère ! et où voyez-vous cela ! parce que je m’occupe de vous, de votre avenir; parce que je veux causer d’affaires et vous faire entendre raison, je me fâche , je suis en colère : quelle façon de parler! quelles expressions! Qui vous les a apprises? M. Champenoux probablement. Je vous les pardonnerais si vous étiez, comme lui, sans esprit, sans éducation.
CHAMPENOUX.
Ah , ma marraine!
CAROLINE, à Champenoux.
Tais-toi. (A Édouard.) Mais vous, Édouard, vous.
ÉDOUARD
Pardon : je ne voulais point vous offenser.
'CAROLINE
Je n’ai pas besoin de vos excuses , mais de votre franchise. Je vous ai demandé ce matin , ici même, si vous aimiez quelqu’un ?
ÉDOUARD
Ah, ma marraine ! pouvez-vous en douter?
c VROL1NE.
Point d’erreur, point de fausses interprétations. Je vous demande si vous aimez quelqu’un, mais là, aimer, comme on aime quand on est amoureux ; enfin , monsieur, vous m’entendez bien.
LA MARRAINE
ÉDOUARD, à part.
Ciel! (Haut.) En vérité, ma marraine, jette puis... je ne sais... je n’oserais jamais.
CltAMPEKOUX , s’avançant entre Edouard et Caroline.
Eh bien, oui ! il n’osera jamais. Mais moi, qui sais la vérité; moi, à qui il vient de l’avouer tout à l’heure, je puis vous attester qu’il est amoureux fou ! qu’il en déraisonne, qu’il en perd la tète.
( Édouard cherche à l'cmpécher de parier. ) CAROLINE, à Champrnoux.
Qui est-ce qui te parle? de quoi te mêles-tu?
CHAMPENOUX.
C’est lui qui me l’a dit.
CAROLINE
Tais-toi, et va-t’en.
(Champcnoiix s’éloigne, et sort par le fond en répétant: C’cstluiquimc l’a dit.)
( A Édouard. ) 11 parait , en effet , qu’excepté moi , chacun reçoit vos confidences, queM. de Jordy, M. Champenoux, que tout le monde, enfin, a plus de part que moi à vos secrets. Mais je n’exige plus rien, monsieur, que le nom de celle que vous aimez, que vous adorez.
ÉDOUARD, à part.
Grand dieu !
Est-ce Cécile ?
DE JORDY
Est-ce ma sœur?
ÉDOUARD
Eh bien!... oui, ma marraine.
DE JORDY , à part.
II se pourrait!
ÉDOUARD
Et soumis à vos ordres, à vos moindres volontés, je suis prêta vous obéir en tout;... à l’épouser si cela vous plait, à ne pas l’épouser si cela vous convient. Enfin , ma marraine , pourvu que vous me pardonniez, que vous ne soyez point fâchée contre moi, c’est tout ce que je vous demande.
CAROLINE
11 suffit, monsieur : puisque vous aimez Cécile, M. de Jordy, tjui connaît mes intentions, voudra bien se charger de tous les
Goc
Diaiti;