SCÈNE XV
CÉCILE
Ah! je vous reconnais.. .je vous retrouve... Quelle différence!...
CAROLINE
Eh mais! sans doute, je vous croyais heureuse... je n’y avais que faire; je n’avais pas besoin de m’en mêler. Mais vous souffrez, vous avez des chagrins, il est naturel que je les partage. Parlez, parlez vite.
CÉCILE
Mon frère m’a dit que vous désiriez ce mariage, et qu’il y consentait. Il m’a dit de plus que M. Édouard m’adorait. Je veux bien le croire.
CAROLINE
Comment! est-ce que ce ne serait pas vrai?
CÉCILE
Je n’en sais rien, madame ; c’est possible. A son âge, à dix-neuf ans on aime tout le monde.
CAROLINE
Vous croyez ? Pourtant il était galant avec vous ; il vous faisait la cour.
CÉCILE
Oui; mais d’un air si distrait... Et puis mon frère a chez lui un maître clerc, qui n’a pas assez d’argent pour acheter une charge, M. Léonard, qui s’occupe beaucoup de moi.
CAROLINE
J’entends... Celui-là n'est pas distrait, il esta ce qu’il fait.
CÉCILE
Je le crois... et c’est cela que je viens de dire à M. Édouard.
■ CAROLINE
Vous lui avez avoué?
CÉCILE
Oui, madame... que j’en aimais un autre. 11 m’a comprise, j'en suis sûre.