‹ Œuvres choisies de E. Scribe 3Chapitre 13 sur 457 · GUSTAVE, AGATHE · texte numérisé non relu

GUSTAVE, AGATHE

Enfin, monsieur, vos vœux sont exaucés, et vous trouverez dans la salle à manger tout ce que j’ai pu réunir de mieux... Eh bien! ne m’entendez-vous pas?

GUSTAVE

Ah! c’est vous, madame; mille pardons. Vous aviez la bonté de m’annoncer...

AGATHE

Une chose bien intéressante pour vous , le déjeuner.

GUSTAVE

Eh , mon Dieu ! c’est vrai , je n’y pensais plus. La lecture de co roman...

AGATHE

Vous appelez cela un roman ! les œuvres de Racine.

CUSTAVE, à part, et jetant les veux sur le livre.

Dieu! je ne l’avais pas regardé! ( Haut. ) Eh mais! s’il est vrai que le meilleur roman soit celui qui peint le mieux les faiblesses

lü

L'HÉRITIÈRE

du cœur, n’ai-je pas raison de regarder Racine comme le plus tendre et le plus touchant des romanciers?

ACATHE, souriant.

J’aime assez cette idée ; mais ce qui m’étonne , c’est qu’elle vous soit venue.

A moi , madame ? et pourquoi donc ?

AGATHE

Je ne sais ; mais il me semble qu’un grand chasseur tel que vous n’a pas le temps...

CUSTAVE.

N’a pas le temps de penser , n’est-il pas vrai ? c’est là ce que vous vouliez dire , et ce mot m’explique pourquoi depuis trois jours vous avez si rarement daigné m’adresser la parole.

AGATHE

Moi, monsieur 1...

GUSTAVE

Je ne vous en fais pas de reproches , c’était par indulgence , par bonté d’âme : vous ne me supposez pas en état de vous comprendre.

AGATHE

Me préserve le ciel d’avoir jamais de pareilles idées ; pour vous le prouver , monsieur , revenons à Racine. Que lisiez-vous ?

GUSTAVE , ouvrant le livre et le lui montrant.

Vous le voyez , c’était Phèdre, et j’admirais le caractère d’Hippolyte. J’avoue que c’est mon héros ; ce ne doit pas cire le vôtre , madame , car c’était aussi un chasseur ; mais pour moi je trouvais de la vérité dans cet homme qui fuit le monde , qui cherche la solitude des bois , et que l’on croit dur, farouche, indifférent , tandis que sous les dehors les plus insensibles , il cache l’amour le plus tendre. C’était là , madame , le sujet de mes réflexions , et j’y pensais encore quand vous êtes venue.

AGATHE , à part.

Eh mais ! quel changement dans ses manières ! Gourville aurait-il raison? ( Haut. ) Quoi , monsieur ! vous croyez que dans le monde , que de nos jours , un pareil caractère est possible ?

GUSTAVE

Oui , madame ; il y a beaucoup de jeunes gens que vous croyez fiers et suffisants , et qui ne sont au contraire qu’amoureux et timides. Vous les supposez très-contents d’eux-mêmes : du tout ,

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