‹ Œuvres choisies de E. Scribe 3Chapitre 181 sur 457 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

Qu’ai-je fait , que suivre vos conseils , que vous obéir ?

LE CHEVALIER, étonné.

M’obéir !

JULIE , lui donnant plusieurs lettres.

Tenez, reprenez ces lettres que je vous rapporte.

LE CHEVALIER , les prenant.

Ces lettres !'

JULIE

Leur lecture m’a fait assez de mal.

LE CHEVALIER , lisant les lettres.

Ma signature! Non , non , Julie , ces lettres uc sont pas de moi ; je ne les ai jamais écrites.

JULIE

Est-ce bien possible? cette écriture...

LE CHEVALIER

N’est pas la mienne.

JULIE

Dieu!

LE CHEVALIER

Vos yeux ont cependant pu s’y tromper; mais votre cœur...

JULIE

Ab , malheureuse !

Je frémis du soupçon. Ces lettres vous ont été remises...

JULIE

Par M. Gobervillc.

LE CHEVALIER

L’infâme !

JULIE

Au nom de madame la duchesse.

LE CHEVALIER, anéanti. »

De ma mère !

JULIE

Charles, elle savait tout. Elle me peignit votre changement comme un bienfait de la Providence, qui , en m’éclairant sur la légèreté de votre caractère, me préservait d’une union qui aurait fait le malheur de ma vie et le désespoir do votre famille. Voire mère fit plus encore : pour me délachcr entièrement de vous, pour me sauver, pour me garanlir d’une faiblesse que je ne prenais pas

la peine de cacher, elle m’amena à lui promettre de donner ma main...

LE CHEVALIER

N’achevez pas. Ah , Julie ! je crois que j’aurais mieux aimé vous trouver coupable ; du moins je serais le seul à plaindre. Mais vous êtes innocente, vous avez été abusée, trompée par ceux même qui vous devaient secours et protection. Notre amour effrayait leur orgueil , et cet orgueil a étouffé tous les sentiments de la nature. On m’a calomnié ; et vous avez pu croire. . .

JULIE

C’était votre mère, ma bienfaitrice.

LE CHEVALIER

Non , leur perfidie n’a pu briser des nœuds que le temps avait consacrés; elle n’a pu m’enlever votre cœur, me priver d’un bieu qui m’appartenait , qui m’appartient encore ! Oui , Julie , en dépit de leurs exécrables ruses , tu n’as pas cessé d’étre à moi ; viens , fuyons ensemble.

JULIE

Eh, monsieur Charles ! partout où j’irai, je n’eu serai pas moins la femme de Gérard.

LE CHEVALIER

• Sa femme !

JULIE

Gérard est un honnête homme, qui vous respecte, qui vous aime, qui donnerait son sang pour vous. Je ne suis que malheureuse, vous ne voudriez pas me rendre coupable.

l.E CHEVALIER.

Coupable, toi! non, Julie; je respecterai , dans la compagne d’un autre, celle que j’avais choisie moi-mémo; mais je ne serai point témoin de son bonheur : je ne vous verrai plus.

JULIE

Vous songez à nous quitter!

LF. CHEVALIER.

Il le faut, je ne saurais plus vivre dans un pays où l’on peut impunément fouler aux pieds l’honneur, la vertu , tous les sentiments généreux , où l’on immole à sa vanité jusqu’au bonheur de son fils. Mais avant de partir, je veux au moins te rendre un dernier service : je- veux rendre à ton frère la liberté qu’on lui a injustement ravie; et après cela, s’il veut me suivre, je l’emmène.

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