I.E VICOMTE
Eh , mon Dieu , chevalier ! vous êtes bien bon de vous occuper de cesgcns-là. Qu’ils servent, c’est leur affaire : vous me surprenez toujours avec vos idées de philanthropie, comme ils appellent cela. Je ne sais pas de quel siècle vous êtes , mais ce n’est pas du nôtre. Vous voilà comme le duc de Mirau , le baron de Sausay, le comte de Grand-Maison , qui se font à tout propos les défenseurs d’un tas de pauvres diables.
LE CHEVALIER
Ne sont-ce pas des hommes comme nous ?
LE VICOMTE
C’est précisément là ce qu’ils disent ; mais voilà de ces erreurs que je ne pardonnerais pas même à mon père. Eh non ! mou cher, ce ne sont pas des hommes comme nous ; ils sont nés pour tout autre chose. Notre lot, à nous, c’est le plaisir, parlout-où il se trouve ; et je voudrais bien savoir ce que nous autres gens de qualité deviendrions, avec vos principes. 11 faudrait donc reculer devant le moindre obstacle; professer, comme vous, un respect ridicule pour le nœud conjugal ?
LE CHEVALIER
C’est qu’aussi , monsieur, rien n’est plus respectable.
LE VICOMTE
A vos yeux , mais non aux nôtres. Dès qu’un mari nous gène, nous avons toujours des moyens de l’éloigner.
Et vous osez l’avouer !
LE VICOMTE
Est-ce que ce n’est pas juste? Aujourd’hui même , je viens do rendre un service éminent à votre frère. Ce pauvre marquis , il est fou d’une jeune fille que je ne vous nommerai pas. ( Riant.) Elle s’est mariée il y a trois jours... Un autre se désolerait ; mais le marquis est un véritable philosophe, il n’y renonce pas.