‹ Œuvres choisies de E. Scribe 3Chapitre 186 sur 457 · CF.RARD · texte numérisé non relu

CF.RARD

Femme , serre mon gilet et ma carmagnole , et donne-moi mon uniforme ; voilà bientôt l’heure.

JULIE

Tu vas déjà à la section ?

GÉRARD

Il le faut bien ; je suis de garde.

Quand je ne te vois pas, je tremble toujours.

GÉRARD

Et voilà le mal ; il faut du cœur, de la fermeté. Si dans ces jours de terreur les honnêtes gens se soutenaient , ils seraient les plus forts ; car, quoi qu’on en dise , ils sont encore les plus nombreux : mais ils s’en vont , ou ils se cachent , alors les autres se montrent ; c’est tout naturel.

JOLIE

Et loi , qui t’exposes tous les jours.

GÉRARD

Moins que tu ne crois ; ils sont encore plus bêtes que méchants, si c’est possible. Perruquier patriote , mon peigne et mon civisme ine donnent accès chez tous leurs gros bonnets. Grâce à mon jargon patriotique , je passe pour un chaud , même aux yeux des plus ardents; co qui m'a mis en haute estime auprès de nos Arisfides du faubourg Antoine. Sans qu’ils s’en doutent , je leur ai fait faire plus d’une bonne action , dont ils sont innocents , et qui leur comptera peut-être un jour comme s’ils l’avaient faite exprès.

JULIE

Toi qui sais toutes les nouvelles , en as- tu de la famille Surgy ?

GÉRARD

Tous proscrits, dispersés. Le marquis a émigré , et sans doute dans ce moment il est à Coblentz.

JULIE

Et son frère , le chevalier ? Au moins celui-là ne doit avoir rien à craindre. Depuis son retour d’Amérique, il a toujours continué de servir en France. On l’a vu , dans les jours de péril , s’armer pour la défense du trône, et plus tard pour celle de nos frontières, où il a fait des prodiges de valeur, remporté des victoires.

GÉRARD

Mais dans ces temps-ci , cela ne suffit pas,

JULIE

Que veux-tu dire ? et d’où viennent ces tristes pensées ? Qu’astu donc?

GÉRARD

Rien.

JULIE

Aurais-tu encore des soupçons contre lui ?

GÉRARD

Moi ! soupçonner notre ami , notre bienfaiteur , celui à qui jo

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