‹ Œuvres choisies de E. Scribe 3Chapitre 187 sur 457 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

dois tout! et que pourrais-je lui reprocher? De t’avoir aimée? c’est si naturel ; moi-même je t’aime comme le premier jour. Dans cette misérable boutique, si peu faite pour toi , quand je suis occupé après une pratique , je m’arrête souvent pour te regarder avec admiration , et si j’osais, je me mettrais à genoux devant toi ; mais un mari , ça serait suspect.

JULIE

Et de ce temps-ci , il y a du danger à être dans les suspects.

GÉRARD

Oui, vraiment.

JULIE

Aussi , et s’il est vrai que tu m’aimes , dis-moi la vérité , il y a quelque chose que tu médites, et que tu me caches.

GÉRARD, embarrasse.

Moi!

JOLIE

Oui ; cette nuit, tu t’es levé saus bruit, lu es descendu ici, dans la boutique ; je t’ai entendu parler à voix basse avec quelqu’un. Est-ce quelque danger qui nous menace?

GÉRARD

Non , sans doute.

JULIE

N’importe, je veux tout savoir; as-tu des secrets pour mol?

GÉRARD

Non... mais attendons à ce soir... ce soir... je te dirai lout, et tu m’approuveras , je l’espère ; mais c’est à cause de cela qu’il faut absolument exécuter le projet dont je le parlais l’autre jour.

JULIE

Quoi ! encore ce divorce ?

11 n'y a que cela qui puisse me rassurer. Je connais ta tendresse ; tu es sûre de mon amour; rien ne nous empêche de divorcer avec confiance , pour quelques jours seulement.

JULIE

Tu as beau dire , je ne pourrai jamais m’habituer à cette feinte.

GÉRARD

Il le faut cependant; il faut prendre garde d’être soupçonné par cette foule d’agents secrets qui circulent dans Taris ; tant de gens croient se sauver eux-mémes en dénonçant lès autres, que la délation est à l'ordre du jour.

itt

JULIE

Oui, les hommes comme ce misérable Gohervilie.

GÉRARD

Songe donc que nous sommes presque les seuls du faubourg qui restions unis : ça peut nous faire du tort; si ces coquins- là se doutent que je suis un bon mari et un honnête homme, ils n’auront plus confiance en moi.

JULIE

Je le crois bien.

GÉRARD

Cessant d’être initié à leurs conciliabules, je ne saurai plus rien de ce qu’ils projetteront ; et dès lors il me sera impossible de faire prévenir les braves gens de ce qu’on trame contre eux. Et puis, étant étrangers l’un à l’autre... (a pan.) Si je suis pris, elle ne sera pas comprise.

JULIE

Que dis-tu?

* GÉRARD

Je disque, séparée de moi, tu n’as rien à craindre; on respecte encore les femmes divorcées. Ainsi, c’est décidé, des ce soir. . .

JULIE

Tu le veux?

GÉRARD

Ce temps-là ne peut pas durer, et dans quelques jours je t’épouserai en secondes noces. Adieu, ma femme, voilà l’heure qui sonne à l’horloge de la municipalité. Soigne notre ménage , garde notre boutique, je vais garder la nation.

( 11 ta prendre son fusil à gauche; il embrasse sa femme, et sort.)

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