SCÈNE VII
JULIE
Charles! Us l’ont condamné, il n’est plus.
GÉRARD
Rassure-toi ; il avait des amis , qui l’ont prévenu à# temps.
LE MARQUIS
Mon frère ; qui a pu le sauver ?
GÉRARD
Celui que tout à l’heure vous soupçonniez vous-même.
Moi!
CÉRARD.
Oui , vous m’avez cru capable de vous trahir ; par bonheur, il est ici quelqu’un qui peut vous répondre et me justifier.
( Musique peignant l'inquiétude et finissant par un forte.)
LE MARQUIS et JULIE.
Que dit-il?
GÉRARD, allqgt à la porte du caveau , et appelant.
Venez , général , ne craignez rien.
JULIE, tombant dans un fauteuil.
Ah , c’est lui !
LE GÉNÉRAL , qui est sorti du caveau, regarde autour de lui, et aperçoit le marquis... Ils se jettent dans les bras l’un de l’autre.
Mon frère ! (Se tournant vers Gérard et Julie.) Mes amis, mes bienfaiteurs, comment m’acquitler jamais? Je vous dois la vie, et le plus grand bonheur que j’aie goûté depuis longtemps. Je retrouve mon frère.
JULIE
Quoi! c’est vous qui depuis hier soir...
GÉRARD
Oui , voilà mon secret ; je ne voulais pas le faire partager les dangers auxquels il m’exposait. Et puis, le le dirai-je? en vous sachant sous le même toit , j’éprouvais là...
JULIE, lui mettant la main sur la bouche.
Tais-toi, tais-toi; demande au général lui-même s’il est quelqu’un au monde qui plus que toi mérite mon amour.
Oui , tu en étais digne. ( Lui tendant la main ainsi que le marquis, ) Viens , notre ami ; viens , notre frère.
LE MARQUIS , lui tendant les bras.
Oui , notre frère.
GÉRARD, essuyant scs yeux.
Allons , allons , voilà qui est bien ; mais le temps presse , les mêmes dangers vous menacent. Est-il vrai, avant tout, que l’hôtel de Surgy contient une partie de vos richesses?
LE MARQUIS
Un peu d’or et quelques diamants, dans la chambre de ma mère , derrière le second panneau à droite.
GÉRARD
J’y cours avant le citoy en Sénèque; ensuite, et comme maintenant votre séjour à Paris est connu de quelques misérables, il faut en repartir sur-le-champ. Avez-vous un passe-port?
LE GÉNÉRAL
Celui que lu m’as donné , et qui est loin d’étre en règle.
LE MARQllS.
Et moi celui de mon domestique.
GÉRARD
C’est bien; mais cela ne suffit pas, il ftut encore, pour sortir de Paris, la permission duü municipal. (Prenant les deux papiers. ) Je m’en charge; je vais au district, à la municipalité. ( Il revient, et se place auprès de Julie, à qui il dit :) Pourvu qu'il soit encore temps; car si cette nuit ils n’ont pas quitté Paris, demain je ne réponds pas d’eux.
LE MARQUIS
Que dis-tu ?
GÉRARD
Rien. ( A Julie. ) Allons , femme , voilà près de huit heures et demie , on peut fermer la boutique sans être suspect ; allume la lampe , la chandelle , et puisque nous sommes assez heureux pour les recevoir, fais-leur les honneurs de la maison. Adieu, patientez jusqu’à mou retour.
(Gérard sort; on entend à haute voix, en dehors :) Qui vive? qui V3 là?
GÉRARD
N’aie pas peur , patrouille , c’est moi : je peux bien sortir de tna maison. ‘ .