GOBER VILI.E
L’imbécile! On dit que les Surgy ont caché de l’argent là-dedans avant de partir; et, comme membre du comité des recherches, je viens, au nom de la nation, te requérir de m’aider dans l’exercice de mes fonctions, comme connaissant les êtres de la maison.
» GÉRARD
Pas beaucoup; mais ma femme , qui y a été élevée, viendra avec nous , et nous aidera à découvrir le trésor. ( Au marquis. ) Mais tiens-toi donc, citoyen, (repassant le rasoir) et n’aie pas peur. (A Sénèque. ) Bien entendu que nous partagerons également en frçres.
COBER VILLE.
C’est juste, fraternité.
GÉRARD
Et égalité. Et n’y a-t-il pas des risques dans celte affaire-là? Si les Surgy revenaient.
coberville.
Impossible, la loi est formelle; peine de mort. Dans quelques jours il n’y aura plus de Surgy en France.
JULIE , se levant et s'approchant de Goberville.
Et le général , qui est un bon citoyen !
GOBERVILLE.
Le général ! le général ! Ce n’est pas si difficile d'être général dans ce temps-ci. Il y en a des milliers dans les armées. Et , parce que celui-ci a gagné des batailles, qu’il a rossé les Autrichiens , tu crois qu’il servait la patrie? c’était un agent de Pitf et de Cobourg. Il soudoyait les émigrés, les ennemis de la nation. N’avait-il pas l’infamie d’envoyer de l’argent à sa famille ? •
GÉRARD
Je m’en doutais depuis longtemps; il a toujours été un enragé de modéré.
JULIE
Vous lui reprocheriez de secourir son père?
GOBERVILLE.
Est-ce queBrutus avait un père? c’est tout au plus s’il avait des iils; et encore avec lui ça ne durait pas longtemps. Au surplus, nous l’avons mandé à la barre, il n’a pas comparu ; hors la loi , et roc voilà tranquille. ( Julie sc laisse tomber sur le fauteuil presque évanouie.) Eh bien 1 qu’a donc la femme ? Je crois qu’elle se trouve mal,
21 i AVANT, PENDANT ET APRÈS.
GÉRARD , courant à elle.
Julie! il serait possible ! Non, elle revient. Je t’avais bien dit qu’elle était malade et souffrante.
COBERVILLE.
Allons, allons, je te laisse achever ton ouvrage. A ce soir, à neuf heures et demie. (11 va jusqu’à la porte, le marquis se 1ère; mais entendant Goberville, qui revient, i! se rassied.) Mais à Cette heure-là ta boutique sera fermée?
GÉRARD
Tu entreras par la place de l’Égalité.
COBERVILLE.
Et si tu n’es pas encore rentré ; si la citoyenne est malade ?
GÉRARD, à part.
Il ne partira pas !
COBERVILLE.
Je ne me soucie pas d’attendre dans la rue. Donne-moi ta clef.
CÉRARD.
Ma clef?
COBERVILLE.
Est-ce que ça t’effraye ? est-ce qu’on ne peut pas entrer à toute heure dans le domicile d’un bon patriote ?
GÉRARD
Et que veux tu qu’on me prenne? Femme , donne la clef.
(.Iulie donne la clef à Gobervillc. ) COBERVILLE.
A la bonne heure. Je savais bien que le citoyen Solon Gérard était la crème de la section , et je plaindrais un ci-devaht qui tomberait entre ses mains.
(Le marquis fait un mouvement.)
CÉRARD.
Tiens- toi donc, citoyen , tu vas te faire couper.
COBERVILLE.
Allons, à ce soir.
(11 sort.)