‹ Œuvres choisies de E. Scribe 3Chapitre 211 sur 457 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

j’y serais encore , si le vaisseau du capitaine Jarry n’y avait pas abordé par hasard.

LE GÉNÉRAL

En effet, les journaux anglais nous ont appris l’an passé qu’on avait découvert les derniers débris de l’expédition.

LE V1C0MTF.

Ces débris, c’était moi. Le capitaine Jarry est un homme fort aimable pour un Anglais, car il n’entendait pas un mot de français, ni lui, ni personne de son équipage : impossible alors d’avoir aucune nouvelle de vous , ni de la cour ; et arrivé au Havre hier, je n’ai eu que le temps de me mettre dans une chaise de poste , et de rouler toute la nuit , tant j’avais hâte de me trouver à Paris.

LE GÉNÉRAL

Je le crois sans peine.

LE VICOMTE

J’ai dit au postillon de me mener à mon hôtel ordinaire, l’hôtel Saint-Féréol. Croiriez-vous qu’il m’a dit : Je ne connais pas l’hôtel Saint-Féréol. — Enclos des Capucines , près les Feuillants, où nous descendions toujours, nous autres mousquetaires, quand nous venions de Versailles. Alors je me suis chargé de le conduire. Mais voici bien un autre événement; impossible de trouver le jardin de# Capucines.

LE GÉNÉRAL

Vraiment !

LE VICOMTE

Disparu , enlevé en plein jour dans le quartier le plus populeux, ce jardin si sombre et si agréable, où nous avions toujours des rencontres. Vous vous rappelez quand le soir il fallait mettre l’épée à la main pour rentrer chez soi; au lieu de cela, qu’est- -ce que j’ai trouvé? une grande rue qui n’en finit plus.

LE CÉNÉRAL.

Celle qui mène place Vendôme, au ministère de la justice; la rue de la Paix.

LE VICOMTE

Précisément.

Air : Il n’est plus temps, etc.

Oui , c’est là son nom désormais ;

Chez nous , où les lois sont chéries ,

On voit la justice et la paix Tout à côté des Tuileries.

Et le dieu de nos libertés.

Qui veut qu’aujourd’hui tout s’accorde Met la Chambre des Députés Près la place de la Concorde.

LE VICOMTE

Et puis le long des Tuileries, celte rue immense , comment la nommez-vous?

LE CÉNÉRAL.

La rue de Rivoli.

LE VICOMTE

On se perd là dedans. C’est un amas de pierres , un horizon de moellons ; ce n’est plus une ville , c’est une carrière. Je ne reconnais plus mon Paris.

LE GÉNÉRAL

On vous l’a un peu embelli.

On me l'a gâté. Mais où donc est le marquis ? il me tarde de l’embrasser.

LE GÉNÉRAL

Mon frère? Nous l’avons perdu, il y a dix-neuf ans , à Wagram.

LE VICOMTE

Wagram ? qu’est-ce que c’est que ça? une do ses terres?

LE GÉNÉRAL

Non , morbleu ! une bataille , où la victoire nous est restée. Le marquis , qui était alors duc et chambellan , fut ramené par moi à Vienne, où il a succombé.

LE VICOMTE

A Vienne? en Dauphiné?

LE GÉNÉRAI

Non ; la capitale de l’Autriche.

LE VICOMTE

Et comment vous trouviez-vous là tous les deux ?

LE GÉNÉRAL

Avec trois cent mille hommes, qui y étaient entrés en vainqueurs.

LE VICOMTE

Vous êtes entrés à Vienne ?

LE GÉNÉRAL

Ce n’était pas la première fois , et à Berlin aussi ; et dans toutes les capitales de l’Europe.

Qu’est-ce que vous médites là? qu’est-ce que c’est que des

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