I.E GÉNÉRAL
Quoi ! vous la reconnaissez encore ? Eh bien , mon ami , en fait de compliments , vous ne pouviez pas lui en adresser un plus flatteur.
LE VICOMTE
C’est la petite Julie ! c’est la femme de Gérard !
LE GÉNÉRAL
C’est la mienne à présent. Gérard, qui fut notre sauveur, notre protecteur, notre ami , est mort à Austerlitz comme un brave qu’il était.
LE VICOMTE
Austerlitz !
LE CÉNÉRAL.
Oui , encore une que vous ne connaissez pas ; et j’ai pu enfin acquitter la dette de l’amour et de l’honneur.
Air ; Le eboix que fait tout le village.
Ma destinée à la sienne est unie ,
Après tant de maux, de tourments;
Autrefois je lui dus la vie ,
Et le bonheur depuis vingt ans.
JULIE
Oui, pour nos coeurs où la paix est rentrée,
Sur nos vieux jours le bonheur luit enfin ;
Profitons-en : une belle soirée Fait oublier l’orage du matin.
LF. CÉNÉRAL, au vicomte, qui est dans la dernière agitation et qui veut
sortir.
Eh mais , vicomte ! qu’avez-vous donc ?
LE VICOMTE
Je ne puis rester dans cette maison ; je m’en vais,
LE GÉNÉRAL et ALFRED.
Et pourquoi donc ?
LE VICOMTE
Je ne puis supporter de pareilles mésalliances, et j’en rougis d’indignation! Un Surgy s’allier à une famille...
LE GÉNÉRAL
Aussi illustre que la nôtre , mon cher; quand on est la sœur d’un maréchal de France...
( Alfred passe auprès de Julie. )
LE V ICOMTE , se levant.
O ciel ! que dites-vous? (Saluant Julie.) Comment! madame n’était point la sœur de ce petit Raymond ?