ACTE I, SCÈNE I
MARIE
Tafce que, probablement, je ne me marierai jamais; car, vois-tu bien, dans le temps où nous vivons, quand on n’a pas de dot...
CATHERINE
Est- ce que votre oncle ne vous en donnera pas une ?
MARIE
Je le crois; mais , si j’accepte sa dot, il faudra, en même temps, accepter le mari qu’il me donnera; et je tiendrais à choisir.
CATHERINE
C’est aisé.
MARIE
C’est selon; peut-être suis-je difficile. Non que je veuille, comme ma cousine, de grands sentiments, de grandes passions : je me rends justice, je suis peu faite pour les inspirer.
Air de ta Robe et les Bottes.
Pour jamais sortir de ma sphère ,
Je n’ai pas assez de talents ;
C’est pour cela qu’il me faudrait , ma chère ,
Un mari comme je l'entends ,
Qui , me comprenant tout de suite,
Se contentât d'être chéri ,
Et voulût bien prendre pour du mérite . Tout l’amour que j’aurais pour lui.
Mais , pour cela , je lui voudrais un caractère, des qualités. ..
CATHERINE
Que vous avez rêvés.
Non , que je connais , que j’ai vus quelque part.
CATHERINE
Votre cousin Arved, par exemple.
MARIE
Mais, oui; si je choisissais un mari, je voudrais qu’il lui ressemblât. Il est si bon , si aimable! et je me dis souvent, ma bonne Catherine , que celle qu’il épousera sera bien heureuse.
CATHERINE
Et pourquoi ne serait-ce pas vous?
MARIE
Y penses-tu ? Arved est déjà maître d’une fortune considérable, il fera un beau chemin dans le militaire ; mon oncle a des vues
MALVIXA.
sur lui, j’en suis sûre ; et moi, qui dois tout à ses bontés, pourrais-je penser à contrarier les plans de bonheur qu’il forme pour sa fille ? Non , Catherine, qu’il n’en soit plus question : et comme Arved ne peut jamais être mon mari , eh bien ! je resterai demoiselle; il y a encore de vieilles filles qu’on aime bien, quand elles sont bonnes et pas trop ennuyeuses. Mais j’entends la calèche.
CATHERINE
C’est votre oncle qui revient avec M. do Barentin.
( Marie rentre dans la chambre à gauche, en emportant son carton de dessin. )