ACTE I, SCÈNE Vil
ARVED.
Voici donc ces lieux que je désespérais de revoir, cl auxquels tant de fois j’ai cru dire un éternel adieu ; et je reviens , et je suis au milieu de ceux que j’aime ! Mon Dieu ! que je suis heureux !
N. DIBREEIL et U AIUE.
Et nous donc !
CATHERINE
Ce cher enfant! combien il a souffert! Aussi je le trouve changé.
H. DIBREEIL.
Il en peut dire autant de nous.
ARVED.
Non ; je vous retrouve toujours les mêmes. Nous voilà encore , comme nous étions , il y a trois aus ; et maintenant , il ne me semble'pas que je sois parti , car rien ici n’est changé , excepté Marie, que je trouve embellie , et beaucoup.
MARIE
Vraiment , mon cousin ?
M. Dl'BREriL.
Que sera-ce donc , quand tu verras Malvina ? C’est la beauté du pays; et nous ne manquons pas d’adorateurs , car c’est à qui me la demandera en mariage : mais moi, j’ai mes idées , dont nous parlerons ; car tu restes ici quelques jours ? tu en as la permission de ton colonel ?
ARVED, souriant.
Je n’en ai pas besoin ; je me la suis donnée.
MARIE , avec joie.
Est-ce que tu serais devenu colonel?
ARVED.
Mieux que cela , ma cousine.
* M. DIBREEIL.
Général de brigade ?
ARVED.
Vous l’avez dit.
M. DEBREEIL.
A moins de trente ans ! il serait possible ! La belle chose que la guerre ! J’ai un neveu qui est général !
MARIE
Et moi, qui n’ai pas mis d’épaulettes à un seul de ses portraits.
M. DIBREEIL.
Toi qui, après la bataille de Hanau, n’étais que chef d’escadron :
MÀLVJNA.
ARVED.
C’est que depuis quelque temps, mon oncle, cela a été vite.
H. Dl'BREUIL.
J’entends; il y a eu de l’avancement. Et M. Gérard, ton ami, ton lieutenant-colonel, dont tu me parlais dans toutes tes lettres?... . •
ARVED.
Mort dans un jour de victoire ! mort à Montmirail.
M. DL'BRF.UIL.
Ah ! mon Dieu ! Et ton brave colonel , qui t’avait pris en amitié, qui te traitait comme son fils?
ARVED.
Mort à Champ-Aubert !
M. DCRREGII., secouant la tète.
Je conçois... je conçois alors que, de chef d’escadron, on devienne général en quelques mois. ( Soupirant. ) C’est une belle chose que la guerre , mon neveu Arved ; je crois, malgré cela , que j’aime mieux le commerce : mes commis ne vont pas si vite , mais ils durent plus longtemps. Et toi-même?... Et ces blessures dont on nous avait parlé ?
ARVED.
Ce n’est rien , mon oncle ; il en est d’autres plus difficiles à guérir, d’autres plus douloureuses encore pour le cœur d’un soldat; ces drapeaux étrangers, que tant de fois j’avais vus fuir devant nous... Allons, allons, n’y pensons plus; que cette larme soit la dernière que je donne au passé !
M. DCBREIIG.
Si mon pauvre Edmond... si ton père était là '...
ARVED. •
Vous le remplacerez , mon oncle ; vous me tiendrez lieu de ce père que je regrette, et que je retrouve en vous : désormais , nous ne nous quitterons plus. Quand on a vu de près d’aussi grandes catastrophes , toute idée ambitieuse s’éloigne de notre âme , qui n’aspire plus qu’au repos, à la tranquillité ; cl c’est ici que je les retrouverai. Mon seul désir, maintenant, est de m'établir près de vous, en famille, avec ma femme et mes enfants, que d’avance je chéris déjà ; car tout le long de la route je m’occupais de leur bonheur, de leur avenir; et jetais encore avec eux quand j’ai aperçu de loin les tourelles de votre château.
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