ACTE II , SCÈNE IV
fille , et ne voyant de salut pour moi qu’en pays étranger, me fit passer en Angleterre, dans fa famille d'un de ses correspondants. 1 ous nos amis nous firent les plus tendres adieux , des offres de services, des protestations de dévouement; un seul ne dit rien, mais les larmes qui roulaient dans ses yeux attestaient assez sa douleur ; et, en arrivant à Londres, la première personne que je rencontrai ce fut lui.
ARVED.
Il vous avait suivie?
MALVINA
Oui, vraiment; il avait quitté pour moi sa patrie, il s’exilait pour partager mon exil, et, sur cette terre étrangère, nous voyant tous les jours rapprochés et unis par le malheur, comment rester insensible à la tendresse qu’il me témoignait? Oui, je n’écoutai que cet enthousiasme , cette exaltation de la jeunesse. Je crus l’aimer,... oui , je l'aimais; quand, tout à coup, mon père m’écrit que le danger est passé , qu’il n’y a rien à craindre , que je peux revenir, qu’enlin il m’attend pour réaliser ses plus chères espérances , et pour m’iinir à vous.
ARVED.
Grand Dieu!
MALVINA
Vous jugez de notre surprise , de notre désespoir ! « Si vous re- » tournez en France, me disait-il, sans être à moi , sans m’appar- « tenir, je vous perds à jamais ; qu’ici , avant votre départ , un « prêtre reçoive nos serments ! » Et je résistais encore ! Mais il voulait s’arracher la vie ; il voulait se tuer à mes yeux ! Que vous dirai-je?... je cédai à ses prières,... je formai des nœuds que mon père n’a point bénis,... et maintenant je suis à lui,... je suis sa femme.
ARVF.D.
Vous, mariée! Ah, ma cousine!... Mais ce n’est pas à vous qu’on doit faire des reproches , c’est à lui; et il ne peut les expier maintenant qu’en consacrant sa vio entière à vous rendre heureuse.
MALVINA
Heureuse ! Je le suis , Arvëd , je le suis. .. Si on peut l’étre quand on craint les regards et les reproches d’un père.
MALVJNA,
Air de la romance de Benjamin ( dans Joseph ).
Oui , je serais moins misérable S’il me punissait de mes torts;
Mais les bontés dont il m'accable Redoublent encor mes remords.
Craignant les caresses d’un père,
Je les évile, et souvent j’ai rougi D'usurper l’amour de celui Dont je mérite la colère.
ARVF.D.
Pourquoi alors ne pas lui avouer...? Le choix que vous avez fait serait-il donc...?
MALVItNA. .
Digne de lui, à tous les égards... De la naissance, un nom honorable... Son seul tort , je vous l’ai dit, c’est d’èlre sans fortune.
AHVED.
Ah ! n’est-cc que cela? ce n’en est pas un à mes yeux , et je brûle de lui offrir mon amitié ; parlez , où est-il ?
NALVUiA.
Taisez-vous , le voici.
ARVED , apercevant Barentin.
Ciel ! Barentin !