‹ Œuvres choisies de E. Scribe 3Chapitre 266 sur 457 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

malvina, arved.

MALVINA est entrée par la porte secrète du cabinet à gauche ; elle va d'abord vers le fond, puis, se retournant, elle voit Arved sur le canapé, et courant à lui, elle lui dit:

Ah ! vous êtes là !

Oui , ma cousine.

ARVED.

MALVINA , effrayée.

Dieu ! c’est Arved! *

ARVED.

Est-ce que vous ne vous attendiez pas à me trouver ici?

MALVINA , troublée.

Oh 1 mon Dieu, si;... je vous cherchais,... je voulais vous parler.

MALVJNA.

ARVED.

En effet , il est un secret que ce malin vous aviez promis do m’apprendre.

MALV1NA , tremblante.

Moi!... Ah! vous avez raison; à qui pourrais-je me confier, si ce n’est à vous , dont le cœur généreux... ! Ah, mon cousin ! je suis bien malheureuse ! je me suis déliée de mon père et de sa bonté! je me suis privée de son appui, de ses conseils, de son amitié ; je n’ai plus d’amis. Ah ! je me suis trompée ! vous voilà : il m’en reste un , qui me protégera , qui prendra ma défense.

ARVED.

Oui , ma cousine, oui, ma sœur ; je le jure. Mais quel malheur, quel chagrin a pu vous atteindre ?

MALVIN A

Oh ! je m’en vais tout vous dire. J’avais été passer l’autre hiver à Paris , chez une de mes tantes , et , dans les bals , dans les soirées où elle me conduisait, plusieurs adorateurs empressés m’offraient ces hommages qui reviennent de droit à une riche héritière, et qui me touchaient fort peu. Un jeune homme , un seul , que je rencontrais partout , et dont les regards suivaient constamment les miens , ne m’avait jamais adressé la parole ; je ne connaissais de lui que son nom , car il s’était fait présenter chez ma tante, lorsqu’une lettre que je reçois de mon père m’apprend qu’ici , à Nantes , ce même jeune homme lui a rendu , quelques semaines auparavant , un très grand service : qu’il a exposé ses jours pour lui , et qu’il a reçu une blessure en le défendant. Touchée de sa générosité, je lui en témoignai ma reconnaissance, en m'étonnant de sa discrétion à ce sujet et de sa réserve habituelle. « Ah ! « me répondit-il , vous ôtes riche , je ne le suis pas ; et parmi tant « d’hommages adressés à votre fortune , auriez vous pu distinguer « ceux qui ne s'adressaient qu’à vous seule? ■> Et depuis ce moment, il reprit ses manières tristes et silencieuses , et se tint toujours éloigné de moi. Depuis ce moment aussi , je l'avouerai , je pensai à lui, et je m’en occupai malgré moi.

ARVED.

Eh bien ?

MALVINA

Eh bien ! ce fut alors que je quittai Paris. Les armées ennemies avaient envahi nos frontières ; et mon père , tremblant pour sa

agle

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