SCÈNE XIX
GUSTAVE, cache; AGATHE.
AGATHE, entrant, et regardant par la croisée.
Grâce au ciel, il s’éloigne, il n’est plus ici... le perfide! Oser encore m’écrire! et que pouvait-il me dire? Oui, sans doute, furieux de voir scs projets déjoués , il voulait de nouveau chercher à abuser de ma faiblesse, de ma crédulité. ( Regardant autour d'elle.) Sa présence en ces lieux me faisait mal , il me tardait de me trouver seule , et maintenant j’éprouve un froid mortel , un vide affreux. ( Mettant la main sur son cœur.) Ah ! c’est là que sont mes tourments ! J’ai dû le congédier, ne pas lire sa lettre , le bannir de mon cœur ; j’ai fait mon devoir, mais je suis trop malheureuse. Pourquoi maintenant retenir mes larmes ? ah ! pieurons-le du moins, puisqu’il n’en saura rien.
G USTAVE, qui s’est approché derrière elle pendant ces derniers mots.
Dieu ! qu’ai-je entendu ?
AGATHE, sc retournant et l’apercevant.
Encore ici ! Quelle est cette trahison ? Monsieur, voulez-vous me perdre ?
GUSTAVE
Non , mais je viens à vos pieds implorer ma grâce. Malgré vos mépris , je vous adorais toujours , et maintenant que ma tendresse est partagée, j’en mourrai , je crois , d’amour et de bonheur.
AGATHE
Laissez-moi ; espérez-vous me tromper encore ?
GUSTAVE
Moi ! jamais ! Je vous dois la vérité.
Air de Céline.
Blessé de votre indifférence ,
Irrité de votre rigueur,
J’avais d'abord , dans ma vengeance ,
Juré de dompter votre coeur :
Oui , je voulais vous séduire et vous plaire ,
Oui , je voulais un triomphe complet ,
Et tout ce que je voulais faire ,
Sans le vouloir vous l'avez fait.
AGATHE
Ah ! dois-je vous croire?
GUSTAVE
Oui, jamais d’autre pensée n’est entrée dans mon âme ; et pour