SCÈNE X
EDMOND
Votre mari peut-être?
CAROLINE
Je ne nomme personne, mais quand il serait vrai?... C’est en lui , monsieur, que j’ai toute confiance i et je ne pourrais mieux faire , je crois, que de le prendre pour guide, et de suivre ses avis.
EDMOND
Certainement , il y a tant de gens très-forts sur les conseils, et qui seraient peut- être bien embarrassés pour les mettre en pratique.
Que voulez- vous dire?
EDMOND
Rien , madame. Mais il me semble qu’entre amis on devrait avoir plus d’indulgence ; il me semble du moins qu'il faut être soimême bien irréprochable pour accuser les autres.
CAROLINE
Ce qui signifie que la personne dont vous parlez ne l’a pas toujours été?
EDMOND
Je ne dis pas cela.
CAROLINE
Et moi, je le sais, car mon mari m’a tout conlié, tout avoué.
EDMOND
O ciel !
CAROLINE
Et loin de lui en vouloir, depuis ce moment-là, je l’aime plus que jamais.
EDMOND , à part.
C’est fini ! plus d’espoir ! ( Haut. ) Quoi , madame ! il vous a tout raconté ?
CAROLINE
Oui , monsieur.
EDMOND
Son rendez-vous ? son souper d’aujourd’hui?
CAROLINE. A
Un souper ! un rendez-vous !
Edmond , vivement.
Dieu! vous ne saviez pas... ?
CAROLINE
Non , monsieur.
LA SECONDE ANNÉE
EDMOND, vivement.
Ne me croyez poiut , je ne sais rien.
CAROLINE
N’espérez pas me donner le change ; vous achèverez cette confidence, ou je penserai, monsieur, que vous avez voulu perdre Dennevillc, le calomnier à mes yeux.
EDMOND
Vous pourriez supposer... ?
CAROLINE
Je crois tout, et no vous revois de ma vie si vous ne parlez à l’instant.
EDMOND
Oh ! mou Dieu ! que faire?
Écoulez, monsieur Edmond, j’aimais mon mari, je l’aime plus que tout au monde; mais s’il est vrai qu’il m’ait trahie, si vous pouvez m’en donner la preuve évidente...
EDMOND
Vous ne me bannirez plus de votre présence, vous me permettrez de vous revoir ?
CAROLINE , avec impatience.
Celte preuve
EDMOND
Elle est entre mes mains, je l’ai là; mais c’est si mal à moi!
CAROLINE
Cette preuve !
EDMOND
Vous me promettez que ce soir, à ce bal , moi seul serai votre cavalier ?
CAROLINE
Cela dépend de vous.
EDMOND
Ah ! je suis trop heureux ! Mais vous me jurez que le plus grand secret... ?
CAROLINE, n’y tenant plus.
Cette lettre, monsieur ! celte lettre !
EDMOND , la lui donnant.
La voici , madame , la voici ; elle m’était adressée, et vous saurez d’abord...
C’est bon! c’est bon! je verrai bien. ( Lisant d’une voit cane. )