‹ Œuvres choisies de E. Scribe 3Chapitre 414 sur 457 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

LES PRÉCÉDENTS; BALTHASAR, entrant les yeux baisses. BALTHASAR. Il s’approche d’Ernest, et lui baise la main.

Ah! mon maitre !

ERNEST

Tout à l’heure , je vous parlerai.

BALTHASAR

Ah, monsieur!

MADAME DARHENTIÈRES.

C’est bien... Et qu’il se taise. '

GRINCHEUX

Comment donc P

MADAME DARHENTIÈRES.

Ainsi que vous, Grincheux.

CRINCIIEGX.

Quoi!... qu’est-ce qu’il y a?

JOSÉPHINE , qui est passée auprès de lui.

Parce que monsieur va vous dire quelque chose de bien intéressa ni.

GRINCHEUX

C’est différent.

MADAME DARMENTIÈRES.

Écoutons.

( l.éonic est sur le canapé; Ernest sur un fauteuil à cité d’elle, à droite. Madame Darnicntièrcs est assise auprès d’F.rncst; Joséphine est sur une chaise auprès de Léonic, à gauche de Grincheux , et Balthasar debout, à la droite de madame Darmentières.)

ERNEST, après quelques instants de silence.

Vous saurez que , l’année dernière , je m’étais rendu à Madrid pour tâcher de délivrer le comte de Lémos, mon beau-père, qui était détenu dans les anciennes prisons de l’inquisition... Je ne vous parlerai point ici de toutes mes démarches... de mes tentatives pour le sauver; ce sont toujours des geôliers trompés ou gagnes à prix d’argent... C’est ce qu’on voit partout.

MADAME DARMENTIÈRES.

Oui, mais c’est égal; c’est toujours bien intéressant, surtout quand le prisonnier réussit à s’évader.

UNE FAUTE

ERNEST

C’est aussi ce qui nous est arrivé... Nous avions même eu le bonheur, grâce à un déguisement, de gagner la frontière ; mais nous n’étions pas encore en sûreté, car on prétendait, à tort ou à raison , qu’il y avait des ordres de livrer M. de Lémos partout où on le retrouverait , et injonction de le reconduire en Espagne. Il fallut donc se cacher encore , et , toujours déguisés , traverser le midi delà France, pour aller nous embarquera la Rochelle... Dans ce trajet , je passai bien près de Bordeaux , et par conséquent bien près d'ici.

MADAME DARSENTIÈRES.

Et quand donc ?

ERNEST

Mais il y a à peu près six mois.

Voyez-vous cela !

ERNEST

Être si près de sa femme , et ne pas la voir me semblait bien cruel,... surtout après six mois d’absence. D’un autre coté, ma présence aurait fait événement, et aurait peut-être aidé à découvrir mon beau-père. N’osant pas alors me présenter chez moi en plein jour, j’écrivis un mot à Léonie, qui seule de la maison était prévenue,... et j’arrivai la veille de Noël... à minuit.

LÉONIE, étonnée, et tremblante.

Que dites-vous?

ERNEST

Vous m’avez promis de vous taire... et de me laisser parler.

MADAME DARIH ENTIÈRES et JOSÉPHINE.

Sans doute.

MADAME DARMENT1ÈRES.

Ma nièce , n’interrompez pas. ( A Ernest. ) Eh bien , mon neveu ?

ERNEST

Eh bien! je franchis les murs du parc.

BALTHASAR

Qu’entends-je!

LÉONIE, pale et tremblante depuis le commencement du récit.

O mon Dieu !

ERNEST

Et je croyais pouvoir m’en aller de même, sans danger, grâce à la faveur de la nuit , lorsque quelqu’un de la maison , me

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