‹ Œuvres choisies de E. Scribe 3Chapitre 437 sur 457 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

IIORTENSE.

Le vicomte est riche

RIQCEBOURC.

Lui ou tout autre, qu’importe ? Ce n'est pas un des miens, et je veux que ce que j’ai gagne à la sueur de mon front ne sorte pas de la famille; c’est à eux, ça leur appartient, ils l’auront : et je ne connais qu’un mari qui convienne à Élise, c’est George, c’est mon neveu.

HORTENSE

Que dites-vous?

RIQI'EBOCRG.

Y a-t-il au monde un plus honnête homme, un plus brave garçon ? Si tu l’avais vu comme moi , sous le feu du canon !

IIORTENSE. '

Comme vous ! et quand donc ?

hioceboirg:

Pardon, je ne voulais pas te le dire; mais, en ton absence, lors de ces derniers événements, quand on mitraillait le peuple, je me suis dit : « Le peuple! j’en suis, ça me regarde. » J’ai fermé ma maison, mes magasins; et avec mes ouvriers et mes commis je me lançais, sans ordre, au hasard, où il y avait des coups de fusil, car je ne suis pas fort sur la tactique : lorsque je vois arriver au galop un petit jeune homme en habit bleu, qui se met à notre tête, donne des ordres. Je regarde ; c’était George, que je croyais renfermé à l’École; c’était mon neveu, qui criait : En avant ! mai die!... Ce gaillard-là faisait marcher son oncle. Corbleu! je l’ai suivi ; il nous a bien menés ! Et on ne veut pas que je donne ma nièce à mon neveu, à mon général !

IIORTENSE.

Si, mon ami, si, je trouve cela tout naturel. Ce pauvre George ! mais cependant...

RIQUEBOCRC.

Cependant,... cependant... Il n’y a pas d’objection qui tienne ; ça a toujours été mon idée, et si je ne t’en ai pas parlé plus tôt, c’est que depuis longtemps j’ai remarqué une chose qui m’a chagriné.

IIORTENSE.

Et qu’est-ce que c’est donc?

RIQCEBOURG.

Tu sais combien j’aime George ; c’est mon soutien, mon appui ; c’est, après toi, ce que j’ai de plus cher au monde. Et comme tu

492 LA FAMILLE RIQUEBOURG.

es une bonne femme, fu l’aimes parce que je l’aime, pour me faire plaisir; mais cela n’est pas de toi-mèine, ce n’cst pas comme je voudrais.

IIORTENSE.

Que dites-vous?

RIQUEBOURG.

Oui, tu te retiens, et il ne faudrait pas; il faudrait être comme moi; tu as peur de lui faire une caresse, de lui faire amitié. Des fois tu le traites avec cérémonie, et d’autres fois lu ne le traites pas bien du tout.

HORTENSK.

Moi!

RIQUEBOURG.

Je t’en donnerai des preuves. Par exemple : restant à Paris , pour mes affaires, je désirais qu’il l’accompagnât dans ton voyage, tu as mieux aimé partir seule avec ta nièce et une femme de chambre. Je ne t'ai pas contrariée, parce qu’avant tout tu es la maîtresse; mais cela ma fait de la peine et à lui aussi.

IIORTENSE.

Vous croyez?...

RIQUEBOURG.

Ah dame ! il n’est pas démonstratif, il ne fait pas de phrases, celui-là , il ne dit rien ; mais il agit , et je sais au fond du cœur combien il nous aime tous deux. Pendant le temps que j’ai été malade, il s’est mis à la tète de ma maison ; et, quoique ce ne fût pas son état, il s’y entendait aussi bien que moi, ça allait mieux que si j’y avais été : car il a ce que je n’ai plus, delà jeunesse et de l’activité, et surtout un zèle pour mes intérêts... Et pour toi est-il possible d’être plus aimable, plus attentif? Toujours à tes ordres; il se ferait tuer pour t’avoir une loge d’Opéra , ou uno invitation de bal ! Voilà ce qu’il nous faut pour être tout à fait heureux chez nous. Cela vaut mieux , j’espère , qu’un inconnu , qu’un étranger, et, dès aujourd’hui , pour commencer, il faut que tu en parles à George.

IIORTENSE, troublée.

Moi!

RIQUEBOURG.

Sans doute ; il est toujours de ton avis, il fait toujours ce que tu désires, il te sera facile de le décider.

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