‹ Œuvres choisies de E. Scribe 3Chapitre 441 sur 457 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

flOBTESSE.

Alors, et si vous le croyez, pourquoi parler ainsi? Il m’appartient peu , je le sais , de vous adresser des conseils ; mais si mon âge m’interdit ce droit, mon amitié, peut-être, me le donne. Voyons, confiez-moi tout ; je suis votre tante et votre amie.

CEORC.F..

Eh bien, oui ! votre confiance attire la mienne, vous seule connaîtrez le fardeau qui me pèse; j’aime, sans espoir d'être aimé! bien mieux, sans vouloir jamais l’être ; car si je l’étais, je fuirais au bout du monde.

HORTENSE

Iusensé ! Vous avez pu livrer votre cœur à une passion coupable!

CEORCE.

Coupable ! qui vous l’a dit ?

HORTENSE

Les tourments que vous souffrez ; car un attachement pur et légitime ne donne que du bonheur. Mais faites un instant un retour sur vous-même : où un pareil amour peut-il vous conduire?

CEORCE.

Ah ! vous n’avez jamais aimé , vous qui me faites une pareille demande. Où il peut me conduire? à aimer, à souffrir; et ces tourments-là sont le bonheur de ma vie. Loin de m’y soustraire , je les cherche, je les désire; et dernièrement, ce que mon oncle ne sait pas, on m’avait nommé à une place superbe, que j’ai refusée... Il fallait m’éloigner d’elle, il fallait quitter Paris.

HORTENSE, avec émotion.

Ah! c’est là qu’elle habite?

CEORCE.

Oui, madame, bien loin d’ici.

HORTENSE

Et vous n’avez jamais songé à son repos, que vous pouviez troubler ; à sa vie , que vous pouviez rendre misérable?

GEORGE

Air : Le choirqne fait tout le village.

Ah ! si jamais je le croyais , madame,

Si cet amour si cruel et si doux Pouvait troubler le repos de son nme...

Cest impossible... Ainsi rassurez-vous.

Pour que sur moi descende sa pensée,

Pour abaisser jusque sur moi ses yeux,

Par ses vertus elle est trop haut placée.

Et, grâce au ciel , je suis seul malheureux.

LA FAMILLE RIQUEBOURG.

HOnTENSE.

Si vous l’êtes, c’est que vous le voulez, c’est que vous vous livrez sans cesse au danger, au lieu de le fuir ou de le braver. Je ne suis qu’une femme, et bien faible, sans doute! Mais si jamais, pour mon malheur, j’avais à combattre des sentiments pareils aux vôtres, loin d’y céder lâchement, j’en mourrais peut-être, mais j’en triompherais. Auriez-vous moins découragé? et faut-il que ce soit moi qui vous donne des leçons de force et d’énergie? Allons, George, allons, mon ami, croyez-moi, il n’est point de chagrin si profond que la raison ne puisse adoucir, point d’infortune si grande que notre cœur ne puisse supporter et vaincre î Je vous offre mon aide, mon secours; et si vous êtes ce que je crois , si vous êtes digne de mon estime , vous suivrez mes conseils.

GEORGE

Parlez.

nORTENSE.

Votre oncle voulait vous faire épouser Élise.

GEORGE

Élise ! ma cousine ? C’est impossible, un autre eu est épris , le vicomte d’Héremberg, mon ami.

nORTENSE.

Air de Ténicrs.

C’est ce qu’il faut d’abord faire connaître A votre oncle.

GEORGE

Je lui dirai.

nORTENSE.

El puis, il est d’autres partis peut-être...

GEORGE

Pour moi , jamais... je l’ai juré.

N’espérant rien de cette que j’adore ,

Je veux toujours en mes soins assidus ,

Lui conserver un amour qu’elle ignore.

Et des serments qu’elle n’a pas reçus.

HOF.TEPiSE.

Eh bien ! il est un autre parti plus facile, qui assurera votre tranquillité, et la sienne peut-être. Celle place qu’on vous offrait, et qui vous éloigne de Paris, il faut l’accepter.

GEORGE

Me priver de sa présence, de mon bonheur ! Et que vous ai-je fait pour me donner un pareil conseil ?

HORTENSE

Il faut pourtant le suivre; mon amitié est à ce prix, choisissez... Eh bien !

GEORGE

Y renoncer, jamais !

IIORTENSE.

Je vous croyais digne de m’entendre, je vous laisse à vousmême , et n’ai rien à VOUS dire. ( George s’éloigne ; mais su moment de sortir, il jette un coup d’œil sur llortcnsc, qui ne le regarde plus. Il soupire et sort. ) Ah .' que c’est mal à lui !

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