HORTENSE, GEORGE
GEORGE, étonné, et regardant sortir son oncle.
Qu’est-ce qu’il a donc , mon oncle ?
HORTENSE
Ce qu’il a, George ? Il veut vous marier.
GEORGE
Ah ! c’est là ce qu’il appelle mon bonheur ! J’espère du moins qu’il ne me rendra pas heureux malgré moi; et comme je n’y consens pas...
HORTENSE
Quoi ! sans connaître celle qu’on vous destine ?
GEORGE, avec amertume.
Je ne doute pas qu’elle ne soit riche, jeune, aimable, parfaite, en un mot : c’est vous qui avez daigne la choisir; mais quelle qu’elle soit, je la refuse, je n’en veux pas. Point d’amour, point de mariage, jamais. Je veux rester comme je suis.
HORTENSE
Vous êtes donc bien heureux ?
GEORGE
Moi !... Je suis le plus malheureux des hommes.
HORTENSE , vivement.
Et pourquoi?
CEORCE.
Je ne sais ; une fièvre lente me consume et me tue. Sans espoir, sans avenir, cette vie, que je commence à peine , me semble déjà finie.
Et quelle carrière , cependant , promet d’être plus brillante ? Aimé, estimé de tous , les honneurs vous attendent , la gloire vous appelle , et le désir de servir votre pays n’excite-t-il pas votre ambition?
GEORGE
De l’ambition ! je n’en ai plus. A quoi bon acquérir de la gloire, des honneurs? Pour qui ? A qui les offrir ? qui s’intéresse à moi ?
nORTESSE.
Et nous, monsieur, nous, vos amis et vos parents ?
GEORGE
Oui , je le sais , vous m’aimez bien.