SCÈNE IX
LES précédents; RODOLPHE.
RODOLPHE, apercevant Chavigni.
C’est lui, c’est Chavigni. Dieu! l’envoyé d’Espague! Comment est-il encore ici?...
LE COMTE
Je n’espérais pas être assez heureux pour rencontrer son allessc.
RODOLPHE
C’est moi, monsieur le comte, qui m’estime heureux de ce hasard. Je me suis trouvé séparé du reste de la chasse, et près de ces beaux jardins , que je ne connaissais pas. A qui appartiennent-ils?
" CHAVIGNI
A madame la marquise de Surville.
RODOLPHE
Eh mais !... n’est-ce pas M. de Chavigni ?
CHAVIGNI
Oui, mon prince.
LE COÛTE
Votre altesse le connait?
RODOLPHE
Beaucoup. Nous nous sommes vus à la cour de France. Nous étions intimes, et j’espère bien que pendant son séjour ici il me traitera en ancien ami.
LECOMTE, à part.
Et Chavigni, qui prétendait ne pas le connaître ! ( Haut. ) Ce ma- • lin, mon prince, j'avais fait demander à votre altesse, par M. de Rbinfeld , son secrétaire , un instant d'audience.
RODOLPHE
Il n’était pas nécessaire. Vous savez bien, monsieur le comte, que je suis toujours visible pour vous. Venez demain, après-demain, quand vous voudrez. Nous parlerons d’affaires. Aujourd'hui est tout au plaisir. Le graud-duc, que j’ai laissé au bout du parc, au rendez-vous de chasse , s’étonnait déjà de ne pas vous voir auprès de lui.
LE COMTE
H serait possible!...
RODOLPHE
Ce soir nous avons un bal, un concert ; j’espère qu’on vous y
LE DIPLOMATE
verra, ainsi que M. de Chavigni. ( A Chavigni.) Jccroisme rappeler que vous ôtes un grand musicien , un violon distingué.
CHAVIGNI , balbuliaut.
C’est possible. ( A pan. ) Je n’ai jamais essayé.
rodolpiie.
Mais entin , vous aimez la musique ? *'■
CHAVIGNI
Oh ! beaucoup.
RODOLPIIE.
Nous en causerons. Ici, en Allemagne, d’abord nous sommes pour la musique italienne ; la cour est rossinisfc , je vous en préviens...
CHAVIGNI , froidement.
J’ensuis fâché, mou prince. Je liens à l'indépendance de mes opinions. Je suis, moi, pour la musique allemande.
LF, COMTE, à pari.
Est-il courtisan !
Rodolphe, bas a Chavigni, montraut le comte.
Tâchez donc de le renvoyer.
CHAVIGNI
Olii, mon prince. (S’approchant de Moreno, et à voix basse. ) Mon cher professeur...
Air : J’cn guette un petit de mon âge.
Vous disiez vrai, son altesse me prie De trouver un adroit moyen ' •
D’éloigner votre seigneurie ;
J’ai beau chercher, je ne vois rien.
Vous qui m’avez lancé dans la carrière,
Soyez encor mon guide en ce moment ;
Pour écarter un homme de talent,
Dites- moi comment il faut faire.
LE COMTE, avec dépit.
Je vous comprends ; mais vous ne jouirez pas longtemps de votre triomphe. ( A part. ) Je cours au rendez-vous de chasse pré* venir le grand-duc.
( Il salue Rodolphe , et s’éloigne. )