ACTE II, SCÈNE IV
SALDORF, à part.
Il garde le silence... c’est qu’il a quelque chose à inc dire. Attendons.
( Il sc fait un grand moment de silence. Ils se regardent tous les deux, s’assoient, Saldorf à droite, Cliarigni à gauche ; ils sc regardent encore; à la lin , le baron de Saldorf, impatienté , prend la parole. )
SALDORF.
Monsieur, vous trouvez-vous bien fatigué de votre voyage ?
CHAV1GM.
C’est à vous , monsieur le baron , que je ferai cette demande.
SALDORF.
Mais, moi... à parler franchement...
CilAVIGM , à part.
Il est vrai qu’il s’est reposé en roule.
SALDORF.
Je suis assez satisfait du mien... Je viens de voir monsieur le comte de Moreno.
CBATiCHI.
Moi aussi.
SALDORF.
11 me l’a dit... Et comme je lui ai trouve beaucoup d’éloignement pour vous , cela m’a fait penser que nous pourrions peutctre nous rapprocher.
CilAVIGM, rapprochant de lui son fauteuil.
Moi , d’abord , j'y suis tout disposé.
SALDORF, apres un moment de silence.
M. de Moreno a pris l’avance sur moi , et les chances sont maintenant pour lui.
CilAVIGM.
C’est ce qui vous fâche.
SALDORF.
Du tout, cela m’est égal. A vous parler franchement, nous ne tenons pas à réussir ; mais nous tenons beaucoup à ce que l’envoyé d’Espagne ne réussisse pas... et si nous pouvions nous entendre...
CilAVIGM.
Cela ne ferait pas mal... mais c’est là le difficile.
SALDORF.
Pourquoi donc? Quelle est l'opinion du prince , et surtout la vôtre ? Voilà tout ce que je vous demande.
CHAVICM.
Monsieur le baron, à vous parler franchement...
74 LE DIPLOMATE
SALDORF , à part.
Il cherche des détours.
C11AYÏCM.
Mon opinion est telle qu’il m’est fort difficile de la dire , mais vous ctes trop habile pour ne pas la diviner.
SALDORF.
Je comprends.
CIIAV1GNI.
J’en étais sûr.
SALDORF, à part.
Il est encore plus adroit que je ne croyais.
CHAVICNI.
Et si quelque chose peut vous faire connaître les intentions du prince, et mes dispositions à votre égard... c’est ce présent qui vous dira tout, et à la remise duquel je ne suis pas étranger... un portrait de votre connaissance qu’il m’a chargé de vous remettre Vous comprenez.
SALDOKF , à part, eu examinant le portrait.
O ciel! (Haut, sc levant. ) Quoi! le prince Rodolphe, à votre instigation...
CIIAYICM.
Oui , monsieur.
SALDORC.
A moi , un pareil affront ! un procédé aussi iujurieux ! Ce n’est pas le refus, je m’y attendais , je le désirais même; mais être congédié de la sorte , être la dupe d’un pareil complot , et la victime de vos intrigues !
CHAVICNI.
Moi , monsieur ?
SALDORF.
Air : Dieu tout-puissant, par qui le comestible.
Je cède eniin au dépit qui me gagne;
Oui , le grand-duc saura tout mot pour mol ,
Et puis après, à l’envoyé d’Espagne Je m’unirai contre vous, s’il te faut;
Pour vous chasser, nous allons nous entendre ,
Et vos projets , que je sais , que je voi ,
A tous ici je les ferai comprendre.
C1IAV1CNI, a part.
Il aurait bien du commencer par moi.
Énsemble.
SALDORF.
Je cède entin au dépit qui me gagne , etc.