‹ Œuvres choisies de E. Scribe 3Chapitre 98 sur 457 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

CAROLINE

Vraiment. Et où est le mal ? et qu’est-ce que cela te fait? Il me semble que je suis ma maitresse , et que cela me regarde.

ÉDOUARD

C’est ce que j’ai dit , en ajoutant que personne au monde n’était digne de vous épouser. Et, plus je faisais votre éloge , plus madame de Nerval se fâchait ; et il y a eu un moment où , en me traitant comme un écolier, elle a presque levé la main sur moi.

CAROLINE, riant.

C’était charmant.

# ÉDOUARD

Du tout, ma marraine. Car enfin, si c’était arrivé , qu’est-ce que j’aurais fait? je vous le demande.

CAROLINE

Est-ce que je sais?

C’est pourtant vous qui devez me donner des conseils.

CAROLINE

Écoute , si c’eût été un homme , je n’ai pas besoin de te dire ce qu’il eut fallu faire ; mais quand c’est une femme qui vous insulte, et une jolie femme , il n’y a qu’une seule réparation qu’on puisse exiger.

ÉDOUARD

Et laquelle?

CAROLINE

On l’embrasse.

ÉDOUARD

Merci , ma marraine. ( A part. ) Je m’en souviendrai.

CAROLINE

Mais prends cette chaise, et viens ici; (elle va s’asseoir auprès du guéridon à droite; Édouard prend une chaise, et s’assoit auprès de Caroline, à la gauche) car j’ai à te parler raison : j’ai à t’entretenir de choses très-longues et très-sérieuses.

ÉDOUARD

Ah , mon Dieu ! parlez , je vous écoute.

CAROLINE

Édouard , tu as dix-neuf ans ; tu es un homme. J’ai formé pour toi des projets dont je ne puis te parler avant M. de Jordy, parce que cela dépend de lui.

LA MARRAINE

ÉDOUARD

M. de Jordy, votre avoué , avec qui nous sommes toujours en dispute.

CAROLINE

Je pense qu’aujourd’hui vous vous entendrez. Il l’expliquera tout à l’heure mes intentions précises et formelles.

ÉDOUARD

Ah , mon Dieu !

CAROLINE

Elles vont t’imposer des obligations nouvelles, des devoirs plus difficiles, et ce ne sera plus à moi seule que tu en devras compte. J! va falloir travailler sérieusement, ne plus imiter ces jeunes désœuvrés , ces jeunes fats , qui font de leur toilette leur seule occupation , et qui viennent étaler dans nos salons les modes les plus ridicules. Tiens, tu as une jolie cravate.

ÉDOUARD

Je l’ai achetée hier.

CAROLINE

Elle te sied à ravir. Tu es gentil comme cela.

ÉDOUAIID.

Vous trouvez ?

CAROLINE

Est-il coquet !

Moi, ma marraine!'

CAROLINE

C’est bien ; mais j’aurais voulu une bordure un peu moins large, comme j’en ai vu l’autre jour, rue de Richelieu, chez Burthy. Nous irons ensemble; car, vois-tu bien, mon enfant, un homme inutile peut être accueilli dans le monde ; mais il n’y est jamais estimé. Il faut donc, avant tout, choisir un état.

ÉDOUARD

Il est tout choisi. Je ferai comme mon père; je me ferai soldat.

CAROLINE

Du tout. Tu seras officier : je m’en charge, et il faut choisir un régiment où il y ait un joli uniforme.

ÉDOUARD

Peu m’importe.

CAROLINE

Les lanciers, par exemple ; cela sied très-bien. 11 n’y a que les

Page 1