‹ Œuvres choisies de E. Scribe 3Chapitre 99 sur 457 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

moustaches qui me déplaisent. Est-ce que tu prendras des moustaches?

Édouard.

Comme vous voudrez, ma marraine.

CAROLINE

Au fait , si elles ne sont pas trop exagérées... 11 me semble déjà te voir, sur un joli cheval.

ÉDOUARD

Oui, le sabre à la main, au milieu de la mélée, gagnant mes épaulettes de capitaine et puis celles de colonel; car je les aurai, je vous le jure , à moins que quelque boulet... et encore, qu’importe ?

( Il sc lève. )

Air : Bouton de rose.

Pour ma marraine,

On peut braver ces dangers-là;

Et colonel ou capitaine ,

Ah ! mon dernier soupir sera Pour ma marraine. .

CAROLINE , se levant aussi.

Du tout , du tout ; moi qui ne pensais pas qu’on pouvait se faire tuer. Je veux un état où il n’y ait pas de risque à courir ; notaire ou agent de change , on ne risque rien... que de s’enrichir.

ÉDOUARD

Et moi, je ne veux pas.

CAROLINE

Qu’cst-ce que c’est que ce ton-là?... C’est à moi de commander.

ÉDOUARD

Je le sais bien , ma marraine ; mais je ne veux pas être dans les affaires : je ne veux pas ressembler à M. de Jordy, votre avoué , que je ne puis pas souffrir avec son air empesé. ( Il contrefait M. de Jordy.) « Eh! madame, l’affaire est des plus majeures. »

Oh ! que c’est bien cela ! et la prise de tabac, qui termine chaque période. ( Imitant de môme M. de Jordy.) « Et j’ai dit à monsieur le « président... «

ÉDOUARD

Ah ! c’est lui-méme ! je crois le voir.

CAROLINE

N’est -ce pas?

io.

-Zi

LA MARRAINE

ÉDOUARD

Recommencez donc , ma marraine , je vous en prie.

CAROLINE

Du tout , monsieur ; c’est très-mal à vous de vous moquer d’un homme respectable, d’un homme de talent , qui a ma confiance; et là-dessus je ne céderai point à vos caprices , parce que j’ai une volonté ferme et inébranlable; et si cet état-là ne vous convient pas , je vous en donnerai un autre , car je le veux.

ÉDOUARD

A la bonne heure ; et moi , je promets de vous obéir en tout , de suivre en tout vos conseils.

CAROLINE, allant vers le guéridon.

Et c’est ce que tu as de mieux à faire , parce que, vois-tu , ( prenant par distraction la raquette qui est sur le guéridon) à ton âgC Utile réfléchit pas encore... Au mien on est raisonnable. Je t’ai observé, je te connais, tu es un peu étourdi.

EDOUARD

Ah , ma marraine !

CAROLINE

Oh ! tu es étourdi, conviens-cn ; tu as un excellent caractère, mais tu es bien jeune; tu ne peux pas l’occuper deux minutes de suite d’une chose sérieuse. ( Faisant sauter machinalement le volant sur la raquette. ) Le moindre objet de distraction , ( Édouard va prendre une raquette qui se trouve sur une chaise à gauche ) et Voici cependant le moment de renoncer à tout cela.

ÉDOUARD

Oui , ma marraine.

CAROLINE

C’est essentiel ; parce qu’il y a tant de gens dans le monde qui vous jugent sur l’apparence , et qui , à la moindre étourderie...

( Elle lance le volant; ils jouent. )

Air de Marianne.

Il faut sur soi veiller sans cesse.

— Ne le lance donc pas si fort.

ÉDOUARD

j’en veux croire votre sagesse.

— Je l’ai jeté trop loin encor.

CAROLINE

Que ta conduite.. .

— Va donc moins vite.

De tous mes soins me récompense un jour.

Page 1