ACTE II, SCÈNE III
MADAME DORBEVAL.
Moi ! tu me connais bien mal ! Qu'il vienne ou ne vienne pas , peu m'importe; tout m'est indifférent. Condamnée à ne rien aimer, je subis mon arrêt, je me résigne à mon sort, à ce sort brillant que chacun envie. S'ils le connaissaient, il leur ferait pitié.
M\!)\Mi: DE r.l',11 NNE.
Que me dis-tu ?
MVDVMK DOIiDEVAL.
Est-ce ma faute , cependant ? Jeune , sans expérience , je voyais tous mes parents enchantés, éblouis : Tu n'as rien , disaient-ils, et il est riche,... immensément riche ; épouse-le. Eh bien ! ils doivent être satisfaits : je suis bien riche et bien malheureuse.
MADAME DE BUEHHB.
Toi , grand Dieu !
MADAME DORREVAL.
Oui, je l'épousai sans l'aimer ; du moins, je n'en aimais pas d'autre; et, au premier coup d'œil, l'opulence ressemble tant au bonheur ! Mais l'espèce d'enivrement qu'elle nous procure est de si courte durée! on s'y habitue si vite! et quand on rentre en soi-même ; quand , effrayée du vide et de la solitude qui nous entoure, on cherche un cœur qui puisse répondre au vôtre , et qu'on ne trouve que sécheresse et indifférence; et quand , chaque jour, ce cœur est froissé par le mépris, par l'orgueil, par le souvenir des bienfaits qu'on lui reproche; lorsqu'on un mot on le condamne à la reconnaissance pour l'avoir voué au malheur! ah ! c'est acheter bien eher la fortune , et ses trésors ne payeront jamais les larmes qu'elle vous coûte.
MADAME DE BRIENM .
Pauvre Elise!
M\I)\MI Dom vu..
Et si, plus tard, vous rencontrez dans le monde un ami qui vous devine, qui vous plaigne, qui vous console, celui peut-être que, libre encore, vous auriez choisi, il faut le fuir, l'éviter; sa présence vous est interdite; pensera lui est un crime! Je ne dis DM cela pour moi ; car, grâce au ciel , je ne pense à rien, je n'aime rien; mais enfin cela pourrait arriver!
MADAMI. in i;iai \\i .
Oui;... mais, je l'espère pour toi, cela n'arrivera pas. Peut être, après cela, es-tu injuste envers ton mari. Ton indifférence a pu
c raser la sienne : essaye d'être aimable, pour qu'il le devienne à son tour, et quand même il ne le serait pas...
MADAME DORBEVAL.
Tais-toi! c'est lui.