‹ Œuvres choisies de E. Scribe (volume 2)Chapitre 36 sur 639 · ACTE II, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VIII

MADAME DE BRIENNE

Vraiment ! nous aurons douze mille francs de rentes ! Mais nous sommes millionnaires ou peu s'en faut !

POUGCT.

Vous trouvez; c'est bien peu cependant.

MADAME DE BRIENNE

Et que vous faut-il de plus ? que nous manquera-t-il ? A Paris, nous serions peut-être un peu ignorés, et vous avez de l'ambition, vous tenez à paraître ; mais en province nous serons riches, nous serons considérés, nous serons même les premiers de l'endroit : cela dépendra de celui que nous choisirons.

POLIGM.

Quoi! vous voudriez...

MADAME DE BRIENNE

Oui, monsieur; quoi qu'en ait dit un auteur fort spirituel, il existe encore dans les petites villes des sociétés très-aimables, des gens instruits, des gens de mérite ; il y a de l'esprit en province , maintenant il y en a partout ; et là comme ailleurs on trouve le bonheur quand on le porte avec soi. Il nous y suivra; car l'unique soin de ma vie sera d'embellir la vôtre, d'éloigner de vous les chagrins. J'ai été bonne avec un vieux mari que je n'aimais pas , jugez donc avec vous combien votre bonheur me sera facile ! je n'y aurai pas de mérite. Ainsi, monsieur, un intérieur agréable, de bons amis, une bonne femme qui vous aime, voilà ce qu'on n'a pas souvent avec cent mille francs de rentes, et voilà ce que vous aurez ! Êtes-vous pauvre, maintenant?

POLK.M

Non , je suis le plus riche et le plus heureux des hommes. Vous l'emportez , vous triomphez de toutes mes résolutions ; avec vous , la pauvreté , le malheur ne peuvent exister ! m ad un: de r.nirwi .

C'est ce que je me dis toujours quand je pense à vous : et puis enlin, nous ne devons rien, et quand on ne doit rien...

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