‹ Œuvres choisies de E. Scribe (volume 2)Chapitre 44 sur 639 · ACTE III, SCÈNE I. fcl · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I. fcl

.MADAME DE MUEHHE.

Eh , mon Dieu ! vous tremblez !

oi.ivni;.

C'est vrai ; et si je m'en souvient bien , tel fut le premier effet que produisit sur moi votre présence. Vous rappelez-vous ee jour où , quelque temps après son mariage , monsieur delirienne nous présenta à sa jeune compagne. Jusque-là , étranger au monde et à ses usages , j'avais fui la société des femmes ; mon caractère âpre et sauvage ne pouvait s'accommoder de ces soins empi •< et futiles que je croyais indispensables pour leur plaire , et d'avance votre aspect m'effrayait. Quel fut mon élonnement de trouver en vous la simplicité unie à la franchise , ce charme inconnu qui inspire et promet l'amitié ! Aussi , quand vous réclamiez pour vous celle que je portais à monsieur de Brienne, vous la possédiez déjà ainsi que lui. Ah ! bien mieuv encore! Ses vertus commandaient ma confiance; votre vue seule attirait la mienne. Mes idées, mes projets , je les lui disais parfois : à vous , jamais ; vous les saviez avant moi , vous les aviez devinés. Je pouvais causer s lui, je ptBtaifl avec vous. Et si vous vous rappelez quelles sombres idées flétrissaient alors mon aine ! honteux de ma misère et de ma naissance , je croyais que le monde devait à jamais me repousser de son sein; c'est vous qui m'avez rendu le courage et la fierté; c'est vous qui m'avez dit : « Tous les chemins aujour- « d'hui sont ouverts aux talents; l'estime publique qui les honore, <i qui les ennoblit , regarde où ils sont arrivés, et ne s'informe « pas d'où ils sont partis. » Vous m'avez montré alors l'honneur, la fortune, la gloire qui m'attendaient. Ah ! si vous saviez en vous écoutant quelle noble ardeur embrasait mon àme, que) feu divin circulait dsnstOUt mon être! Impatient de l'avenir, ces sucbonneurs, ces palmes que vous promettiez , je les rêvais d'avance , non pour un monde qui m'était indifférent, mais pour les apporter à vos pieds, pour les offrir à celle que j'adorais !

MADAME DE BRIHIH1 .

0 ciel !

OUI h 1.

Oui , voila mon secret , voila ma vie.

MADAMl M MUKKHI

Olivier!...

OLIVIER

Ah ! ne me répondez pas encore , ne me condamnez pas au silence; laissez-moi un instant de bonheur, laissez-moi vous parler d'un amour que votre vue seule a fait naître. Depuis ce jour fatal, dévorant mes chagrins, vous savez si la femme de mon bienfaiteur me fut sacrée ! Commandant à ma bouche, à mes regards, l'instant où vous auriez soupçonné mon amour aurait été le dernier de ma vie; mais quels tourments, quel supplice continuel! quelle contrainte affreuse! A votre départ au moins je fus libre... d'être malheureux! Je pouvais sans crainte m'occuper de vous ; vous étiez sans cesse présente à mes yeux , et dans ce jour encore je vous dois le plus doux des triomphes. A mon dernier ouvrage, je révais une beauté noble et touchante , une grâce enchanteresse, idéale; je croyais créer, je copiais! Vos traits venaient d'euxmêmes se placer sous mes pinceaux , et tout à l'heure, au salon , j'ai vu la foule arrêtée devant mon tableau. Quelle tète admirable ! disaient-ils, que c'est beau! que c'est sublime !... Et moi, je disais : Ah ! que c'est ressemblant!... De riches étrangers m'entouraient , m'en offraient des trésors : leur vendre mon tableau , mon bien , mon bonheur ! Dussent-ils le couvrir d'or, jamais! Mais du moins mes rêves sont réalisés; ce peu de gloire et d'honneur que je désirais, je l'ai obtenu , et je viens vous l'offrir. (Avec passion.) Mon guide, mon appui , mon ange tutélaire , seul arbitre dénia vie, prononcez maintenant!

M \dami. DE BR1EKNK,

Olivier ! ce n'est pas avec un cœur tel que le votre que je puis feindre plus longtemps. Je vous dois ma confiance, toute mon amitié , et je \ous crois même assez généreux pour me pardonner le chagrin que je vais vous faire.

oi. 11 n;n.

<> ciel!

1ADAM1 in BRU NM .

Ah! j'en souffre autant que vous, car je vous plains, mon ami, je vous aime autant qu'une amie peut aimer ; ce n'est pas ma faute si je ne puis VOUS donner davantage I

oi imi it.

Que dites vous '

I1DÀMI in BRU EOfl .

Que ce cœur qui vous estime el \ous admire... d'aujourd'hui , je vous le jure , serait s vous >i déjà il n'appartenait à un autre.

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