SCÈNE PREMIÈRE
AIÎ1GAIL, tenant un livre, LA REINE, tcnaut à la main un ouvrage de tapisserie, entrent par la porte à droite. — Abigaïl se tient debout, près de la reine, qui va s'asseoira droite du spectateur, près du guéridon.
ABIC, AIL.
Je ne puis revenir de mon bonheur ; et, quoique depuis deux jours je ne quitte plus Votre Majesté , je ne puis croire encore qu'il nie soit permis, à moi , la pauvre Abigaïl , de vous consacrer ma vie.
LA KEINE
Ah ! ce n'est pas sans peine ! Tu as dû penser, lorsque je t'ai si froidement accueillie, que tout était perdu. Mais, vois-tu bien , ma fille , on ne me connaît pas... J'ai l'air de céder,... je cède même pendant quelque temps; mais je ne perds pas de vue mes projets ; et, à la première occasion qui se présente de montrer du caractère... C'est ce qui est arrivé !
AIÎIGAÏL.
Vous avez parlé à la duchesse en reine !
LA HEINE, naïvement.
Non , je ne lui ai rien dit ; mais elle a bien vu à ma froideur que je n'étais pas satisfaite,... et d'elle-même , quelques heures après, elle est venue, d'un air embarrassé , m'avouer, qu'après tout , et quels que fussent les obstacles qui s'opposaient à la nomination , elle devait faire céder les convenances à ma volonté,... et, exprès pour la punir,... j'ai encore hésité quelques instants,.. et puis j'ai dit que décidément... je voulais!
AIUGAÏL.
Que de bontés ! (Montrant Le livre qu'elle tient à la main.') Votre .Majesté veut elle?... ( La reine lui fait signe qu'elle est prête a l'entendre. —
Abigaïl va chercher un tabouret , se place prés de la reine, ouvre le livre il
lit.) Histoire du parlement !...
LA HEINE, avec un geste dYnnui cf posant la main sur le livre.
Sais-tu que j'avais bien raison de te désirer,... car depuis que tu es avec moi ma vie n'est plus la même ! Je ne m'ennuie plus , je pense tout haut,... je suis libre ,... je ne suis plus reine...