‹ Œuvres choisies de E. Scribe (volume 2)Chapitre 583 sur 639 · ACTE III, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I

\B1CA1L, toujours le li\ re à 1j MUS.

Les reines s'ennuient donc ?

I v I.EINE, lui prenant des mains le livre, qu'elle jette sur le pm-ri l< ■ qui est [ires d'elle.

A périr !.. moi surtout... S'occuper toute la journée de chose* qui ne disent rien au cœur, ni à l'imagination! n'avoir affaire qu'a des gens si positifs , si égoïstes , si arides! Avec eux j'écoute,... avec toi je cause : lu as des idées si jeunes et si riantes!

ABICUI .

l'as toujours!... je suis si triste parfois !

i \ hum .

Ali! il y a une tristesse qui ne me déplait pas,... comme hier, par exemple , quand nous parlions de mon pauvre frère, qu'ils ont exilé,... et que je ne puis revoir ni embrasser, moi , la reine,... que par un bill du parlement que je n'obtiendrai peut-être pas!

ABIGAÏL

Ah ! c'est affreux !

u h un .

N'est-ce pas?... Et, pendant que je parlais, je t'ai vue pleurer; et depuis ce moment-là, toi , qui as su me comprendre, je t'aime comme une compagne, comme une amie.

ABIC \ii .

Ah ! qu'ils ont raison de vous appeler la bonne reine Anne!

i \ ia [M..

Oui, je suis bonne. Ils le sa\ent, et ils en abusent... Ils me tourmentent , ils m'accablent (rembarras, d'affaires et de demandes; il leur faut des places, ils en veulent tous! et tous la même,... tous la plus belle!

IBKAÏI

Eh bien! donnez-leur des honneurs et du pouvoir,... moi, je ne \eux que vos chagrins.

LA hiim:, m l<-\ant el jetant Mm outrage sur le goéridM. Ah! c'est ma vie entière «pie lu me demandes, el que je ir donnerai. Tu me tiendras lieu de ceux que- je regrette; car nous sommes tous exilés,... eux en France, et moi sur ce trône.

AMCAÏL.

El pourquoi rester isolée et sans famille , vous qui éte> jeune,...

qui êtes libre?

LA r.HM .

Tais-toi,... tais-toi!... C'est ce qu'ils disent tous; et, à W> en croire, il faudrait se donnera uni-poux que je n'aurais pas <!

n'écouter que la raison d'Etat , accepter un mariage imposé par le parlement et la nation... Non, non;... j'ai préféré ma liberté,... j'ai préféré à l'esclavage la solitude et l'abandon.

VBle.AÏL.

Je comprends ;... quand on est princesse, on ne peut donc pas choisir soi-même,... ni aimer personne?

LA REINE

Non, vraiment!

ABIGAÏL

Comment!... en idée , en rêve , il n'est pas permis de penser à quelqu'un?

LA REINE, souriant.

Le parlement le défend.

ABIG ML.

El vous n'oseriez le braver? Vous n'auriez pas ce courage,... vous, la reine?

LA REINE

Qui sait? je suis peut-être plus brave que tu ne crois !

ABIGAÏL, vivement.

A la bonne heure !

LA REINE

Je plaisante!... C'est, comme tu le disais,... un rêve ! une idée,... un avenir mystérieux, des projets chimériques où l'imagination se complaît et s'arrête ! des songes que l'on fait , évoillée , et qu'on Dfl voudrait peut-être pas réaliser,... même quand ce serait possible. En un mot, un roman à moi seule que je compose,... et qni ne sera jamais lu.

Et pourquoi donc pas? une lecture à nous deux,... a voix basse,... que j'en connaisse seulement le héros. LA reine , souriant.

Plus tard,... je ne dis pas.

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