SCÈNE H
BÉHY.
Et tu es heureux?
DELMAR
Si je suis heureux !
Air des Amazones,
N'allant jamais implorer la puissance.
Je ne crains pas qu'on m'arrête en chemin , Libre, et tout lier de mon indépendance, Par le travail j'embellis mon destin ; Aux malheureux je peux tendre la main.
Quand je le veux, je cède à la paresse ; L'amour souvent vient agiter mon cœur.
( Prenant lu main de Rérov. ) J'ai retrouvé l'ami de ma jeunesse ; Dis-moi , mon cher, n'est-ce pas le bonheur ?
Et toi , mon cher, comment vont les affaires ?
RÉMV.
Assez mal ; j'ai peu de réputation , peu de clients.
DELMAR
C'est inconcevable ! car je ne connais pas dans Paris de médecin qui ait plus de talent.
RÉMV.
Dans notre état , il faut du temps pour se faire connaître : nou» ne jouissons que dans l'arrière-saison ; et quand la réputation arrive...
DELMAR
Il faut s'en aller ; comme c'est gai! Mais, dis-moi, pour qui est cet appartement que tu as loué sur le même palier que moi ?
RÉMV.
Ce n'est pas pour moi , mais pour une famille qui arrive de Montpellier, et qui m'a prié de lui retenir un logement. Le père d'abord est un excellent homme , et puis la jeune personne...
DELMAR
Ah ! ah ! il y a une jeune personne ! Permettez donc , monsieur le docteur, est-ce que nous serions amoureux ?
RÉMV.
A toi je peux te le confier. Eh bien , oui , je suis amoureux , et sans espoir.
DELMAR
Sans espoir ! laisse donc : c'est quand les médecins n'en ont plus, que cela va toujours à merveille.
RÉMY
Le père est uu riche propriétaire, M. Germont.
DELMAIÏ.
M. Germont , de Montpellier ! nous voilà en pays de connaissance. Il a ici à Paris une nièce , madame de Melcourt , chez laquelle je suis reçu, et qui me parle souvent de son oncle, un original sans pareil , qui tient à la gloire et à la réputation , et qui a pensé mourir de joie eu voyant un jour son nom imprimé dans le journal du département.