BOUEUSE
Je n'en sais rien , mon papa ; tout me déplaît , tout me contrarie.
M. DERVIÈRE.
C'est donc pour la première fois de ta vie ; car tout le monde fait ici tes volontés , à commencer par moi.
EMMELIXE.
Combien vous êtes bon ! combien vous m'aimez !
H. DERVIÈRE.
Que trop ! Mais quand on est veuf, qu'on est, comme moi , un des premiers maîtres de forges de la Franche-Comté , avec cinquante mille livres de rente , et une fille uuique , qu'est-ce que tu veux qu'on fasse de sa fortune ? Souge donc que dans le monde je n'ai que toi à aimer.
Air de I.antara.
Mon seul vœu, ma plus chère envie Est de pouvoir t'établir prés de moi.
Cet or, fruit de mon industrie, C'est pour mon gendre, ou piulôt c'est pour toi. Je veux , auprès d'un époux qui t'adore Douter mes biens en vous les prodiguant :
Un père s'enrichit encore
De ce qu'il donne à son enfant.
Et voilà plus de vingt partis que jeté propose; mais aujourd'hui, par exemple , je n'entends pas raillerie , et tu auras la bonté de bien recevoir celui que nous attendons.
EMMELIKE.
Quoi! ce M. de Rinville dont vous me parliez hier? Eh bien, mon papa, si vous voulez que je vous dise la vérité , c'est là l'unique cause démon chagrin et de ma mauvaise humeur; et je ne vois pas pourquoi vous me proposez celui-là plutôt qu'un autre.
M.DERVIÈRE.
Puisque tu n'en veux pas d'autre!...
EMMELINE
Ce n'est pas une raison.
H. DERVIKRE.
Si , mademoiselle , c'en est une ; et si vous en voulez de meilleures , en voici : Il y a trente ans que je vins dans ce pays; je n'avais rien ; j'étais sans amis , sans ressources : M. de Rinville le père m'accueillit, me protégea, m'avança des capitaux, et fut ainsi la première cause de ma fortune.
Air d'Aristippe.
Envers son fils mon cœur souhaite Acquitter ce que je lui doi ; Et pour mieux lui payer ma dette , Mon enfant , je complais sur toi :
Oui, me disais-je, autrefois ma famille A ses trésors dut un sort fortuné; Mais aujourd'hui je lui donne ma fille : Il me devra plus qu'il ne m'a donné.
Du reste, ce bis que je te destine est, dit-on, un charmant jeune homme , un sage, un philosophe , qui a voyagé pour s'instruire et qui revient en France pour se marier. Voilà, mademoiselle, les raisons qui m'ont fait accueillir la demande de ce jeune homme. Maintenant, qu'ayez-vous à répondre?