SCÈNE III
SAINT-FÉLIX, M. deVILLEBLANCHE.
M. DE VILLEBLANCHE, à la cantonade.
EU , non ! le dis-je , cet ordre-là ne peut être pour moi. D'ailleurs, s'il y a une colère à essuyer, j'y suis fait, et je m'en charge.
SAINT-FÉLIX
Comment ! monsieur ! vous voilà aussi?
M. DE VILLEBLANCHE
Le petit Saint-Félix !... j'aurais parié que je le trouverais ici.
SAINT-FÉLIX
Vous y venez , sans doute , sur l'invitation de madame de Mardi! y ?
M. DE VILLEBLANCHE
Du tout, je ne sais rien; avant-hier, je me présente à son hôtel , suivant mon habitude; j'apprends son départ impromptu ; et comme , depuis dix ans, j'ai la faiblesse de ne pouvoir passer un jour sans la voir, j'ai pris la poste , et me voilà! Mais toi , le futur d'Eugénie , tu es de tous les secrets ; tu vas me dire ce que cela signifie.
J'allais vous le demander ; votre aventure est absolument la mienne. J'arrive, et je sais seulement que madame deMarcilly ne veut recevoir personne.
H. DE VILLEBLANCHE
Ali ! c'est original ! venir à la campagne au cœur de l'hiver , et toute seule ! Qui diable a pu lui faire prendre une résolution aussi désespérée? des chagrins? je ne lui en connais pas; un revers de fortune ?
Air: Adieu, je vous fuis, bois charmant.
Non , non , je le saurais déjà.
Mais comment lire dans leurs âmes?
Un caprice?... eh ! oui, c'est cela,
Car dans la conduite des femmes,
Du moins j'ai cru le remarquer,
C'est le seul motif raisonnable ,
Et le seul moyen d'expliquer
Ce qui parait inexplicable.
SAINT-FÉLIX
Oui, oui, monsieur, un caprice, c'est cela, c'est pour lu 'enlever Eugénie ; après toutes les espérances qu'elle m'avait données !
M. DE VILLEBLANCHE
Tu crois ?
SAINT-FÉLIX
J'en suis sûr.
Oh ! les amants sont toujours surs de tout ; mais il ne s'agit pas de se désoler , il faut juger les choses de sang- froid.