‹ Œuvres choisies de E. ScribeChapitre 258 sur 414 · SCENE XVIII · texte numérisé non relu

SCENE XVIII

MADAME DE MARCILLY

Lui écrire vous-même une lettre bien amicale , bien aimable , comme vous savez les écrire, et lui dire que, comme beau-père d'Eugénie.... (du moins vous allez l'être ; ainsi , dans le fait principal , il n'y aura point de mensonge).

M. DE VILLEBLANCHE , à part.

Ce qui veut dire qu'il va y en avoir dans le reste.

MADAME DE MARCILLY

Vous lui écrirez donc que vous ne pouvez consentir encore au mariage de votre belle-fille ; mais que plus tard, dans trois ou quatre ans...

M. DE VILLEBLANCHE , froidement.

J'en suis bien fâché , madame , mais je n'écrirai pas cette lettre.

MADAME DE MARCILLY

Vous ne tenez donc pas à m'épouser?

M. DE YILLERLANCHE.

Non, madame, pas maintenant.

MADAME DE MARCILLY

Et pourquoi?

Parce que j'ai fait des réflexions, et je trouve que vous êtes encore trop jeune pour moi.

MADAME DE MARCILLY , ClOllIlée.

Comment?

M. DE VILLEBLANCHE

Oui, madame, cette aventure de M. de Saint-Félix , et d'autres idées qui me sont venues , tout me le prouve.

MADAME DE MARCILLY

Vous ne me parlez pas sérieusement ; et je ne croirai jamais

(regardant dans la glace) que Ce Soit à Ce poilll-là. M. DE VILLEBLANCHE, à part.

Elle y regarde ; j'en étais sûr.

MADAME DE MARCILLY , apercevant le billet.

Qu'est-ce que je vois là? une lettre à ma psyché ! Savez-vous ce que cela veut dire ?

M. DE VILLEBLANCHE

En aucune façon ; car j'arrivais à l'instant.

MADAME DE MARCILLY, l'ouvrant, et à part.

De quelle part? ( Allant à la fin de la lettre. ) « Signé , Votre miroir. » Quelle est cette plaisanterie?

M. DE YILLEBLANCHE.

Voulez-vous que je vous lise?

MADAME DE MAUCILLY.

C'est inutile, monsieur ; que je ne vous dérange pas , reprenez votre livre.

( M. de Villcblanclie va se rasseoir; mais il observe madame de Marcillv tout

le temps où elle lit la lettre. )

MADAME DE MAUCILLY, debout, Cl à part.

( Elle lit. )

« Madame ,

•< Vous m'avez souvent fait l'honneur de me consulter ; et , quel- « ques secrets que vous m'ayez confiés, ma fidélité a toujours « égalé ma discrétion ; ce matin encore vous avez daigné me de- » mander mon avis. » ( s'interrompant. ) 0 ciel ! qu'est-ce que cela signifie? et quia pu deviner...? Mais continuons : (Elle lit. ) « Ce « matin encore vous avez daigné me demander mon avis ; mais « comme je crains que vous n'ayez mal interprété mon silence , je « prends la liberté de vous l'expliquer : vous êtes toujours jeune , « toujours jolie; je m'y connais, madame, et vous pouvez m'en » croire; c'est pour cela même, c'est par coquetterie que moi, « votre conseiller intime , je vous engage à marier votre fille sur- « le-champ, pour que chacun s'étonne et se demande si ce n'est « pas là votre sœur, et pour qu'on admire une résolution que p!us « tard peut-être on trouverait toute naturelle. « ( Elle regarde M. de \ illi-blanchc , qui feiut d'être occupé de sa lecture. ) (S'inlerrompant. ) Je n'y conçois rien; mais voilà un conseil d'une sagesse... Je n'avais pas encore envisagé la question sous ce point de vue; et il est de fait qu'il faut être bien jeune et bien jolie pour oser se permettre... Mais voyons la fin : (Elle lit.) « Je ne hasarderai plus qu'un seul « avis : un miroir voit bien des choses qui échappent même à " l'œil d'une mère; et votre fille est venue parfois me consulter : « j'ai vu ses yeux mouillés de larmes! Elle aime sans oser vous « l'avouer, et vous ne voudriez pas la rendre malheureuse. Nou , « vous ne le voudrez point , dans votre intérêt et peut-être dans le « mien, car le malheur de votre fille ferait le vôtre; je Verrais « dans la douleur vos traits s'altérer : rien ne flétrit comme le « chagrin , et l'on embellit par le bonheur. Tâchez donc que ma o glace fidèle ne puisse jamais réfléchir que les traits heureux « d'une bonne mère; faites que nous soyons contents l'un de l'an-

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