‹ Œuvres choisies de E. ScribeChapitre 265 sur 414 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

LES précédents ; DUCOUDRAf.

DUCOUDRAI , en bottes et la cravache à la m:iin.

Air : Vivent les amours.

A travers les champs et les liois , De l'amitié n'écoutant que la voix ,

J'arrive en chevalier courtois , Et n'ai , je crois , Embourbé qu'une fois.

Le trajet devient des plus beaux; On n'en a plus qu'au ventre des chevaux

Depuis que nos municipaux Font réparer les chemins vicinaux.

A travers les champs et les bois, elc.

m. dumesxil.

En effet, te voilà en courrier.

DUCOUDRAI.

Je suis comme cela, moi, toujours en poste, quand il s'agit d'obliger mes amis , et j'apporte de bonnes nouvelles , des nouvelles de mariage.

MADAME DUMESN1L.

Nous allions vous en parler.

DUCOUDRAI.

C'est ça , vous parlez , et moi j'agis. Tu sais, mon vieil ami, que nous nenous sommes jamais quittés, et que déjà, dèsle collège de

SCRIBE, — T. Il, 26

Montercau , nous faisions des châteaux en Espagne pour nous et pour les nôtres. Nous étions millionnaires, sénateurs, généraux d'armée, et nous épousions des duchesses. Il est arrivé de tout cela que tu as épousé une bonne bourgeoise, que je suis resté garçon ; et quant à la fortune , que nous avons tous les deux une bonne place à l'enregistrement , et que nous n'en sommes pas plus malheureux. N'est-il pas vrai?

M. DU.1IESNIL.

Non, morbleu.

DECOUDRAI.

Moi surtout, qui, comme garçon, diue toujours en ville; qui vais à mon bureau dans la semaine, à la chasse le dimanche, et qui mène, quoique citadin, la vie d'un gentilhomme campagnard. C'est là mon bonheur, et je n'en veux pas d'autre. Mais ces idées d'ambition , que je n'ai plus pour moi, je les ai conservées pour tes enfants , pour Camille surtout , que je regarde comme ma tille, car je n'ai point oublié que je suis son second père, son parrain; et comme , grâce à mes habitudes un peu dépensières, il m'était plus facile de lui donner un mari que de lui donner une dot, depuis un an je me suis mis en campagne , et d'aujourd'hui seulement j'ai réussi.

MADAME DUMESNIL

Que dites- vous?

DECOUDRAI.

Que vous n'avez pas perdu pour attendre. Un parti superbe. Parce que moi, quand je me mêle de quelque chose... J'y ai mis un zèle, une adresse; en un mot, c'est le fils de notre inspecteur

général.

M. DEMESML.

Ah , mon Dieu ! M. de Géronville !

DICOUDRAI.

Il te demande ta fille en mariage, et voici la lettre que j'apporte. Tenez , .tenez , mes amis. Eh bien ! qu'est-ce que vous avez donc ? moi qui croyais que vous alliez me sauter au cou , et qui craignais d'avance les effets de la suffocation.

DUMESNIL

Mon cher ami , mon bon Ducoudrai ! nous sommes bien sensibles à ton amitié ; mais nous avons un autre parti en vue.

DECOUDRAI.

Un autre parti ! Est-ce qu'il peut valoir le mien ? le fils de M . de Géronville, notre inspecteur !

Page 1