‹ Œuvres choisies de E. ScribeChapitre 273 sur 414 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

DLCOUDRAI , de même.

Mieux que cela, monsieur, je suis un ami ! un ami intime de la famille, et de plus le parrain de la jeune personne.

ALPHONSE , à part.

Je vois que le parrain de la jeune personne est dans la confidence , rien qu'à la manière dont il me regarde.

DICOUDRAI , à part.

Ils ont beau dire , je ne lui trouve rien de merveilleux ; ça rentre dans la catégorie ordinaire des prétendus... l'air gauche et les gants blancs.

ALPHONSE

C'est bien indiscret à moi de me présenter de si bonne heure ; mais à la campagne, et surtout en ma qualité de voisin , j'ai pensé que je pouvais... (A part.) Ah ça! l'ami intime ne m'aide pas du tout; il devrait sentir cependant que mon entrée est assez embarrassante.

PlCOiDRAl.

Monsieur, à ce qu'il parait, habite les environs?

ALPHONSE

Oui, monsieur...

MJCOUDRAl.

Il n'y a donc pas longtemps ? car moi qui connais tout le monde...

ALPHONSE

Je suis arrivé il y a huit jours de Paris , où j'habite six mois de l'année...

Fort bien ; je vois que monsieur a maison à la ville , maison à la campagne ; ce qui suppose une fortune assez agréable.

ALPHONSE

Mais oui , monsieur.

DUCODDRAI.

Je pense qu'elle est également solide ?

ALHIONSE.

Mais, monsieur... (A part.) Ils ont dû prendre d'avance leurs informations, et l'on ne fait pas subir ainsi un interrogatoire détaillé... ( Haut. ) Il parait que M. Dumesnil est sorti ; mais madame est peut-être visible ?

DICOUDRAI.

Non , monsieur ; ils sont tous deux ici à leur toilette.

ALPHONSE

A leur toilette ! de la toilette pour moi ! ( Y part. ) Des gens que l'on m'avait dit sans façon. (Haut.) Je suis fâché qu'un pareil motif retarde le plaisir que j'aurais à les voir, car on m'en a dit tant de bien dans le pays; on m'a parlé surtout de M. Dumesnil comme d'un parfait honnête homme.

DUCOLDRU.

Et l'on a eu raison. (A part. ) Il ne faut pas que ma mauvaise humeur m'empêche de servir mes amis. ( Haut. ) Voilà quarante ans que je le connais , et c'e st un homme d'honneur ; esclave de ses devoirs et de sa parole , à laquelle rien au monde ne le ferait manquer ; du reste , bon époux , bon père , adorant ses enfants et surtout sa fille , qui a élé élevée comme chez madame Campan : c'est moi qui suis son parrain , et vous pouvez m'en croire.

Air : L'amour qu'Edmond a su me taire. On lui donna, des sa plus tendre enfance,

Des principes purs, excellents; On lui donna la grâce, la décence, On lui donna l'esprit et les talents ; On lui donna l'horreur de la toilette...

ALPHONSE, à part, et impatienté.

Ma foi, puisqu'on était en train, On aurait dû, pour la rendre parfaite ,

Lui donner un autre parrain.

DECOUDRAI.

Et certainement celui qui l'aura pour femme ne sera pas à plaindre.

ALPHONSE , à part.

Comme c'est adroit de venir tout de suite me jeter cela à la tète ! J'arrivais ici dans les meilleures dispositions, et depuis qu'il m'a fait l'éloge de la famille , me voilà prévenu contre elle... Au reste , je vais en juger par moi-même. Les voici.

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