ALPHONSE , CAMILLE
CAMILLE , entre en sautant et chantant.
L'amour Un jour...
(Apercevant Luceval.) Ah ! pardon, monsieur.
ALPHONSE
Je conçois, mademoiselle, que ma présence doit vous étonner.
CAMILLE
Nullement. Mon père m'a dit que vous vouliez bien nous traiter en voisins, et que vous restiez à diner; c'est un beau trait, et cela prouve que vous n'avez pas de rancune.
ALPHONSE
Moi, de la rancune ! et de quoi ?
CAMILLE, souriant.
De l'ennui que vous avez éprouvé ce matin; et je m'en veux, pour ma part, d'y avoir contribué.
ALPHONSE , un peu trouble.
Comment, mademoiselle... (A part.) Maintenant qu'elle sait que je l'ai refusée, ma position est très-désagréable. (Haut.) Je vous prie de croire que des raisons, qui me sont personnelles...
CAMILLE , à part.
Ah, mon Dieu! le voilà comme j'étais ce matin, embarrassé, mal à son aise. (A Alphonse.) Rassurez-vous, monsieur, et remettezvous bien vite ; je ne suis point fâchée, je ne vous en veux point, au contraire ; et la preuve, c'est que je venais de moi-même vous remercier, et vous tenir compagnie.
ALPHONSE
De vous-même.'
CAMILLE
Eh, oui! me voilà sûre que vous ne m'épouserez pas; alors je n'ai plus peur. D'ailleurs, mon parrain m'a dit que vous étiez son ami ; et ses amis deviennent les nôtres : vous voilà donc de la maison. Mais que je ne vous dérange pas, monsieur, continuez votre lecture; je venais chercher mon ouvrage.
(Elle s'approche de la petite table à gauche.) ALPHONSE, la regardant pendant qu'elle arrange son fauteuil et qu'elle prend son ouvrage.
Il est de fait que ma présence ne lui impose plus du tout (Camille est assise et travaille) , et que la voilà aussi à son aise avec moi qu'avec une ancienne connaissance.
CAMILLE , levant les yeuv, et le voyant debout devant elle.
Eh bien, monsieur, vous ne lisez pas?
ALPHONSE
Non, je n'en ai plus envie : d'ici au diner, je n'ai rien à faire qu'à me promener; et si je ne vous gène pas...
CAMILLE, à son ouvrage.
Moi ! du tout, je travaille.
ALPHONSE, prenant une chaise, et s'assevaut près d'elle, mais à une petite distance.
Tant mieux, car je serai enchanté de causer. (Après une pause.) Je vois, d'après ce que vous me disiez tout à l'heure, que l'entrevue de ce matin ne m'a pas été favorable.
CAMILLE
Mais, monsieur...
ALPHONSE
Allons, parlez franchement, je ne vous ai pas plu.