‹ Œuvres choisies de E. ScribeChapitre 286 sur 414 · SCÈNE XVI · texte numérisé non relu

SCÈNE XVI

CAMILLE, rapprochant son fauteuil d'Alphonse.

Pauvre jeune homme !

ALPHONSE

Air d'Aristippe.

Il faut, dit-on, dans la jeunesse,

Pour voir son destin embelli,

Faire le choix d'une maîtresse,

Et surtout le choix d'un ami.

Mailresse, ami... je sens au fond de Pâme Que par eux seuls je pourrais être heureux ;

Et je voulais prendre une femme

Afin de les avoir tous deux.

CAMILLE, avec un peu d'attendrissement.

C'est donc pour cela, monsieur, que vous vouliez vous marier? (lisse lèvent tous deux gaiement. ) Maintenant, vous n'en avez plus besoin, puisque vous trouverez ici des voisins et des amis.

ALPHONSE

Oui, votre parrain me l'a dit : je serai celui de la maison ; mais le vôtre?

Le mien aussi.

ALPHONSE

Bien vrai?

CAMILLE

Je dis toujours vrai, vous le savez.

ALPHONSE

Je ne vous déplais donc plus autant?

CAMILLE

Non, c'est fini. Et moi, monsieur? car ce matin, j'en suis sûre, j'ai du vous paraître bien gauche, bien maussade...

ALPHONSE, souriaut.

Mais... un peu.

CAMILLE

Ah ! monsieur , ça n'est pas bien... c'est une revanche ; mais, grâce au ciel , tout est fini , et d'ici à longtemps , j'espère , il ne sera plus question de mariage.

ALPHONSE

Eh bien ! c'est ce qui vous trompe; el , comme votre ami , je dois vous prévenir qu'où attend ce soir un nouveau prétendu.

CAMILLE

Ah , mon Dieu ! que me dites-vous?... Voilà toute ma frayeur qui me reprend... encore une entrevue!

Vraiment , oui... c'est un M. de Géronville.

CAMILLE

Le fils de l'inspecteur ! et c'est aujourd'hui même ? J'étais si contente , si heureuse ! Vous venez de troubler toute ma joie.

ALPHONSE

Ce M. de Géronville vous déplaît donc beaucoup ?

CAMILLE

Je le connais à peine.

ALPHONSE

Et son âge , sa tournure ?

CAMILLE

A peu près comme vous... pas si bien... Mais ce soir il faudra encore paraître en grande parure et en grande cérémonie ; et puis, devant tout le monde, j'en suis sûre, on va encore vouloir me faire chanter mon grand air ; c'est de rigueur.

ALPHONSE

Eh bien ! que craignez-vous?

CAMILLE

C'est qu'il est très-difficile... Je le sais bien par cœur; mais c'est l'expression... Et cependant je voudrais bien ne pas paraître aussi ridicule que ce matin.

ALPHONSE

Voulez-vous que je vous le fasse répéter.'

CAMILLE

Bien volontiers ; tenez , voilà ma harpe.

Avez-vous la musique ?

CAMILLE

La voilà. Vous me reprendrez si ça ne va pas bien.

( Alphonse va prendre la harpe, et la met en place; Camille s'assied; Alphonse prend la musique et se place à côte d'elle. ) Air : Viens , viens , viens ( de M. Amédée de Beauplan ). ( Après la ritournelle de harpe. ) ALPHONSE.

Ah ! c'est bien , c'est très-bien , Allons , du courage ;

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