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Vous êtes bien bon.
ELMVOOD.
Vous ont donné dans le monde l'habitude de la controverse et de la discussion. Vous êtes rarement de l'opinion générale, et si je ne craignais de vous fâcher , j'ajouterais...
SANDFORT.
Allez toujours; je serai enchanté d'entendre la vérité, à charge de revanche.
ELMVOOD.
J'ajouterais que vous , qui êtes la bonté même , vous avez l'air quelquefois d'en manquer , non pas avec moi , mais avec miss Milner, ma pupille; vous vous plaisez à la contredire, vous n'êtes jamais de son avis.
SANDFORT.
C'est elle qui n'est jamais du mien , parce que la raison et elle ne peuvent pas être d'accord; mais vous , son tuteur, vous êtes aveuglé sur son compte, vous ne voyez que ses perfections.
ELMVOOD.
Et vous , Sandfort , vous ne voyez que ses défauts. Elle en a , je ne puis le nier , mais ils tiennent à sa jeunesse , à son inexpérience, à sa fortune même , qui attire autour d'elle cette foule de jeunes gens à la mode , d'adorateurs passionnés , toujours épris d'une jolie femme et de cent mille livres de rente. Mais à côté de ces légers travers qui frappent vos yeux , que d'excellentes qualités vous ne voulez pas voir !
Air du vaudeville des Maris ont lort.
Est-il un esprit plus aimable? Est-il un creur plus généreux?
Pour la trouver plus excusable, Interrogez les malheureux.
Et si de ses étourderies Vous ne voyez que les effets, C'est qu'elle montre ses folies , Et qu'elle cache ses bienfaits.
SANDFORT.
Et qui vous parle de cela , ou qui vous dit le contraire ? Ce que je blâme en elle, c'est... c'est vous , c'est votre partialité à son égard , c'est la chaleur avec laquelle vous la défendez , vous que j'ai toujours vu le calme et la gravité même; ce que je blâme sur-
tout, c'est la liberté que vous laissez à une jeune personne de son âge.
ELMVOOD.
Liberté qui ne doit vous blesser en rien ; car nos usages l'autorisent.
SANDFORT.
C'est la coutume de Londres, je le sais; et ce n'eu est pas mieux pour cela. Cbez nos voisins d'outre-mer, en France, par exemple , ce n'est pas ainsi qu'on élève une demoiselle : elle ne quitte pas sa mère, elle ne sort jamais seule.
Air : L'amour qu'Edmond a su me taire.
En France, avant qu'on la marie, On la surveille avec rigueur ; 11 n'est rien qu'on ne sacrifie A la décence, à la pudeur.
KIMVOOD.
Plus tard peut-être elle s'en dédommage; Et si j'en crois quelques journaux français,
Des sacrifices du jeune âge L'hymen souvent paya les intérêts.
SANDFORT.
Fort bien; mais ici, comment justifierez-vous les assiduités de lord Frédéric , ce jeune seigneur tant connu par ses duels et ses galantes aventures , et qui , pour avoir été trois mois à Paris , se croit l'oracle du goût et de la mode; ce brillant militaire , qui a fait toutes ses campagnes à Londres dans les boudoirs de nos ladys , ou dans les foyers de l'Opéra ? Eli bien ! c'est le chevalier, l'amant déclaré de miss Milner : tout le monde le sait ; mais ce qu'on ne sait pas encore, et ce dont je ne puis douter, c'est la préférence qu'elle lui accorde.
ELMVOOD.
Il serait vrai ?
SA.NDIORT.
Hier encore , dans cette brillante cavalcade qui se rendait au parc Saint-James , qu'ai-je aperçu ? Lord Frédéric à côté de miss Milner ; et celle-ci l'écoutait avec tant d'attention qu'elle en oubliait même le soin de son cheval , l'animal le plus vif et le plus fougueux , qui soudain s'est emporté.
rxMvooD.
0 ciel ! elle est blessée ?