‹ Œuvres choisies de E. ScribeChapitre 3 sur 414 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

MADEMOISELLE DESROCHES, JUSTINE

Oui, bien du plaisir; tu l'entends : voilà comme sont les frères.

justini:.

Ah bien! mon oncle Poudret est encore pire : car enfin M. Desroches , votre frère , veut bien entendre parler de mariage , et tout ce qu'il dit là-dessus me semble assez raisonnable. Pourquoi ne voulez-vous pas de M. Durand, qui me parait un mari comme un autre; et c'est déjà beaucoup.

MADEMOISELLE DESROCHES

Ah , Justine ! tu ne peux pas me comprendre ! S'il était le premier en date , je ne dis pas : mais quand le cœur est déjà prévenu par une inclination antérieure !

JUSTINE

Quoi ! mademoiselle, vous avez une inclination?

MADEMOISELLE DESROCIILS.

D'autant plus violente , qu'elle a été spontanée dans le principe , et qu'elle est sans espoir dans ses conséquences; car qui sait si jamais nous pourrons nous rencontrer !

JUSTINE

Est-ce qu'il n'est pas de ce quartier?

MADEMOISELLE DESROCIILS.

C'est ce que je ne puis dire.

justlm:.

Est-ce qu'il n'est pas de Paris ?

MADEMOISELLE DESROCIILS.

Je n'en sais rien.

JUSTINE

Mais , au moins , vous le connaissez?

MADEMOISELLE DESROCHES

Oui, certes; je connais son cœur, mais pour son nom et son adresse , je les ignore totalement. Un bel inconnu, un jeune homme que j'ai vu la semaine dernière à Meudon , dans une partie de campagne ; la mise la plus élégante , la coiffure la plus soignée; et une voiture , un jockei , tout ce qu'il y a de mieux ! Juge , après cela , si je peux penser à M. Durand ! Si tu savais , Justine , ce que c'est qu'un amour contrarié, ou une inclination sans résultat !

JUSTINE

Allez, allez, je le sais aussi bien que vous, et depuis longtemps. Est-ce qu'autrefois mon oncle Poudret n'avait pas dans sa boutique un jeune apprenti qui était de mou âge? est-ce que nous n'avions pas juré de nous aimer toujours?

MADEMOISELLE DESROCIILS.

Eh hien ! pourquoi n'ètes-vous pas mariés ?

JUSTINE

C'est l'ambition qui en est cause : mon oncle consentait à nous unir, à condition que son élève lui succéderait et prendrait sou fonds de boutique ; mais lui, qui était jeune, qui avait de l'ardeur, qui ne demandait qu'à parvenir, n'a pas voulu être perruquier : il aspirait à être coiffeur; et mon oncle , qui tenait à la poudre et aux anciennes idées, s'est brouillé avec lui, et ils ne se voient plus.

MADEMOISELLE DESROCHES

Ettju'est devenu ton amant ?

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