SCENE VII. 35 j
fense que je n'aurais jamais pardonnée"; et si vous saviez combien je suis malheureux quand il faut me fâcher contre vous, combien il m'en coûte de vous traiter avec sévérité...
MISS MILNER
Vous, monsieur !
ELMVOOD.
Mais daignez m'écouter maintenant, et permettez-moi de me justifier à vos yeux.
MISS MILNER , à part.
0 ciel ! voilà à quoi je ne m'attendais pas. (Haut.) Vous, milord ! vous justifier auprès de moi !
ELMVOOD.
Oui : votre réputation est un bien qui m'a été confié et dont je suis responsable ; c'est la plus belle dot que je puisse offrir à celui que vous choisirez, et je veux qu'elle lui soit remise comme vos autres richesses, pure et intacte.
Air : T'en souviens-tu ?
Voilà pourquoi, me montrant si sévère, J'ai cependant dérangé vos plaisirs ,
Moi, ce matin, qui d'ordinaire
Vole au-devant de vos désirs.
Jugez alors si je vous aime, Puisque l'espoir seul de vous proléger,
Aujourd'hui m'a fait braver même
La crainte de vous affliger.
Il m'a donc semblé que les assiduités de lord Frédéric...
MISS MIL.NER
Lord Frédéric? Ne vous ai-je pas dit, milord, ce que je pensais de lui ?
ELMVOOD.
M'avez-vous dit votre pensée tout entière? Peut-être avez-vous été retenue par la présence de Sandfort, par la crainte de voir désapprouver votre choix ; mais vous êtes seule avec moi , avec votre ami, avec celui qui donnerait ses jours pour vous, et qui d'avance vous assure de son consentement. Eh quoi ! vous vous taisez ? Allons, miss Milner, ma fille, mon enfant, ne craignez rien; quand votre aveu devrait m'affliger, votre confiance est déjà un bonheur, et je serai toujours heureux par l'idée seule que vous allez l'être.
MISS MILNER
Et je le suis en effet ; car jamais rien n'a été plus doux pour mon cœur que l'amitié que vous me témoignez en ce moment.
ELMYOOD.
Eh bien donc, répoudez-moi ; lord Frédéric serait-il l'époux de votre choix? a-t-il reçu de vous quelque espérance?
MISS MILNER
Lord Frédéric n'est pas celui que je choisirais. Je n'ai jamais encouragé sa tendresse ; mon seul désir est de rester auprès de vous comme je suis, et de vous obéir en tout.
ELMYOOD.
BFobéir! Eh bien! dans ce moment j'exige une preuve de votre soumission et de votre amitié. Habillez-vous, et allez à cette fête où l'on vous attend.
Que dites-vous?
ELMYOOD.
C'est moi maintenant qui vous le demande et qui vous en supplie.
MISS MILNER
Ah ! je ne suis pas digne de tant de bonté, je ne la mérite pas ; cette fête maintenant me serait odieuse : permettez-moi de ne pas vous quitter, de passer ma journée ici avec vous en famille.
ELMYOOD.
Vous m'accuserez encore d'être l'ennemi de vos plaisirs.
MISS MILNER
Oui, si vous me forcez à sortir : ainsi, vous n'insisterez plus , n'est-ce pas? je reste.
ELMYOOD.
Si telle est vraiment votre volonté...
MISS MILNER
Oui, ma volonté, mon désir, je n'eu ai pas d'autre.
ELMYOOD.
Eh bien, tantmieux ; car je voulais vous parler, ainsi qu'à Sandford, d'un événement très-important pour moi, d'un changement qui arrive dans ma fortune.
MISS MILNER
Parlez vile, quel bonheur ! j'ai donc aussi une part dans votre confiance : eh bien! monsieur...