SCÈNE XIV
ELMVOOD.
Ah ! je le devine , vous êtes inquiète de ne pas le voir paraître ; malgré mes protestations, vous tremblez encore pour lui. Rassurez-vous : dans son impatience, il m'a quitte pour tout disposer; car il faut que ce mariage se fasse aujourd'hui même.
HI8S MILNER
Quoi, monsieur! il pourrait exiger...
ELMVOOD.
C'est moi qui l'ai voulu; c'est moi, miss Milner, qui vous le demande.
MIS* MIL.NER
Et moi , si je vous suis chère , je vous supplie de différer de quelques semaines.
ELMVOOD , vivement.
Pas d'un jour, pas d'un instant , ou je ne le pourrais pas.
SANDFORT.
Que dites-vous ?
ELMVOOD, froidement.
Je ne pourrais pas y assister; car demain de grand matin je pars, je quitte l'Angleterre.
MISS MILNER
0 ciel !
SANDFORT.
Vous partez seul ?
ELMVOOD.
Non, car j'ai pensé que vous viendriez avec moi.
SANDFORT.
Et vous avez bien fait.
ELMVOOD, à miss Millier.
Des affaires particulières m'appellent en Italie. Depuis quelque temps , depuis la mort de mon frère , j'étais le seul descendant des comtes d'Elmvood. Or, on a pensé qu'il ne fallait point, après moi , laisser passer à une branche protestante les biens et les titres d'une famille catholique ; et c'est dans l'intérêt même de notre cause que la cour de Rome vient de me délier de mes vœux.
Que dites- vous?
ELMVOOD.
Ce sont laces papiers que j'ai reçus ce matin, et dont je voulais vous faire part à tous deux; ce changement d'état, que du reste
je voyais avec indifférence, m'affligeait seulement par l'idée de vous laisser seule.
Air : Faut l'oublier.
J'avais promis à votre père
De remplir un devoir bien doux ;
Et je suis resté près de vous
Tant que je vous fus nécessaire.
Je vous guidais avec effroi
Sur une route périlleuse;
Mais un autre obtient votre foi :
Un autre peut vous rendre heureuse,
Vous n'avez plus besoin de moi.
Oui , lord Frédéric a ma parole, il a la vôtre ; il faut donc, avant mon départ, hâter ce mariage.
SANDFORT.
Vous avez raison.
ELMVOOD.
Et comme lord Clarendon , l'oncle de Frédéric , est le seul qui pourrait former obstacle à cette union, j'y vais de ce pas.
Milord!
ELMVOOD.
Avez-vous quelques ordres à me prescrire , quelque chose à me demander ?
MISS MILNER
Non , milord , je n'ai plus rien à vous dire , et je suis prête à vous obéir.
ELMVOOD.
Adieu donc. (A Sandfort.) Adieu.
(11 sort par le fond.)