‹ Œuvres choisies de E. ScribeChapitre 333 sur 414 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

LE COMTE

Pourquoi donc , ma chère amie? Je n'entends pas que mes projets de retraite te fassent négliger ta parure ; la toilette , d'ailleurs , est, dit-on, une occupation , une consolation.

ZANETTA

Monsieur a bien raison.

Air : Du partage de la richesse.

Oui, la toilette a toujours fait merveille;

A tous les maux c'est un remède sur ;

La mariée, en voyant sa corbeille,

Souvent oublie , hélas, son vieux futur.

J'ai même vu veuve gentille et belle ,

Quelques instants suspendre ses hélas ,

Pour demander a sa glace fidèle

Si l'habit noir nuisait à ses appas.

Et tout le monde vous dira ici qu'il n'y a point de désespoir qui tienne contre une pointe d'Angleterre , ou une toque à la française.

LE COMTE, à sa fille.

Ne fut-ce que pour me plaire , allons , mon enfant , j'exige que tu choisisses ce qu'il y a de plus beau , de plus élégant , n'importe le prix.

ZANETTA

Dieu ! l'excellent père !

LE COMTE , à Zanetta.

Vous avez là sans doute quelques objets de goût ?

ZANETTA

Oui , monsieur le comte , des pèlerines à la Neige , des plumes Robin des Bois, des échantillons de rubans à la Jocko , c'est déjà

U11 peu vieux... (elle présente une boile d'échantillons à Juliette, <jui les

examine avec son père) parce que le dernier envoi de Paris nous a manqué ; car toutes les modes nous viennent de là , c'est un joug qu'il faut subir ; vous conviendrez que c'est bien humiliant d'être obligé de copier servilement les bonnets de la rue Vivienne , les robes de mademoiselle Victorine ou les chapeaux d'Herbault, quand on se sent capable de créer soi-même ; mais ces dames ne veulent rien que ça ne soit de l'école française.

LE COMTE , souriant.

C'est affreux !

Et cependant l'école italienne a bien son mérite ! Aussi , si je

pouvais jamais aller en France , m'établir à Paris... avec les dispositions que j'ai, je suis sûre que je formerais une maison distinguée ; je pourrais à mon tour me livrer à la composition ; mais les frais de voyage , quand on est orpheline et que l'on a éprouvé des malheurs. Ah!... (Elle s'essuie les yeux. ) J'ai aussi une nouvelle forme de béret qui a fait sensation à la dernière représentation de madame Méric-Lalande, au théâtre Saint-Charles.,. Si mademoiselle veut l'essayer?

LE COMTE

Sans doute, sans doute , passe dans ton appartement, ma chère Juliette , achète tout ce qui te conviendra.

Air de la valse des Comédiens.

Pour adoucir l'ordre dont tu murmures, Choisis, ma chère, au gré de Ion désir.

ZANETTA

C'est juste, il faulde nouvelles parures, . Pour apaiser chaque nouveau soupir.

Combien ainsi la douleur a de charmes ! Ah ! croyez-moi , loin de vouloir guérir, Sans vous gêner laissez couler vos larmes ; Par le chagrin vous allez embellir.

ENSEMBLE

je murmure tu m

Je vais ) cl]r;t.; ( de mes

Tu vas *

Et je verrai

Et tu verras

Peut de mon

Pour adoucir l'arrêt dont , .

/ tu murmure,

'■ choisir au gré ! de mes ! désirs.

Tu vas ' ' de tes '

, si vraiment la parure Et tu verras j r

, cœur apaiser les soupirs.

Peut de ton j

(Juliette entre dans son appartement , à droite de l'acteur ; Zanctta la suit,

après avoir salué le comte.

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