SCÈNE VIII
tout ce qu'on vous demande , c'est de répéter à l'ambassadeur, à tout le monde : « J'aime Frédéric , j'aime Frédéric ! » mais d'un ton, la... vous savez bien... quand vous aimez, ou quand vous voulez qu'on le croie.
ZANETTA
Mais encore faudrait-il connaître les gens , crainte seulement de se tromper.
SAINT-JEAN
N'est-ce que cela? je m'en charge... Ainsi donc, c'est décide.
Air des Maris ont tort.
A mes vœux vous daignez vous rendre ,
J'en étais sur ; car, en honneur ,
Tous deux nous devions nous entendre.
Frédéric a donc votre cœur ;
Mais ne redoutez nulle erreur :
Avec nous, sans vous compromettre,
Vous devez vous y retrouver ;
Car l'amour qu'il va vous promettre ,
Je me charge de l'éprouver.
ZANETTA
Du tout, du tout; si vous vous avisez de me faire des questions, vous allez m'embrouiller. Dites-moi, avant tout, monsieur Saint-Jean, qu'est-ce qu'il faudra faire ?
SAINT-JEAN
Vous laisser adorer.
Me laisser adorer ! bon , je sais ; ça n'est pas difficile ; mais , si on me parle , que répondre ?
SAINT-JEAN
Je vous l'ai déjà dit ; j'aime Frédéric , et ne sortez pas do la.
ZANETTA
Mais enfin , pourquoi cette ruse?
SAINT-JEAN, écoutant.
Vous le saurez. J'entends une voiture , c'est lui. Vite , descendez par le petit escalier ; je vous rejoindrai bientôt , et j'achèverai de vous donner les instructions...
ZANETTA
C'est bien pour vous rendre service, au moins, monsieur Saint-
Jean ; car c'est terrible d'aimer comme ça quelqu'un , sans avoir eu le temps de s'y préparer !
( Saint-Jean la fait sortir par l'escalier dont la porte est sur le premier plan, à gauche de l'acteur. )