SCÈNE XI
JULIETTE
C'est lui.
FRÉDÉRIC , à part.
C'est elle-même.
JULIETTE
Ce jeune homme qui nous suivait.
FRÉDÉRIC , à part.
Je crois qu'elle me reconnaît.
Ensemble.
JULIETTE
Quel trouble j'éprouve à sa vue !
Et combien mon âme est émue !
Oui, de surprise et de bonheur, Ah ! je sens là battre mon cœur !
FRÉDÉRIC
Combien elle parait émue !
Moment charmant! ô douce vus!
Ah! je sens là battre mon cour Et d'espérance et de bonheur !
LE COMTE
Ah ! quelle rencontre imprévue !
Moi qui vais l'offrir à sa vue !
Pour déjouer un séducteur, Cachons mon trouble et ma fureur.
JULIETTE , à part.
Oui , vraiment , c'est cet inconnu Dont parlait Saint-Jean.
LE COMTE , à pari.
Quelle audace !
Ce fripon àurail-il voulu Introduire un autre à la place Du chevalier d'Aveiro?
JULIETTE
Dieux !
Comme il fixe sur moi les yeux !
Ensemble.
JULIETTE
Ah ! quel plaisir! chez lui mon père Reçoit celui qui m'a su plaire.
Ah! je sens là battre mon cœur Et de surprise et de bonheur.
FRÉDÉRIC
Je n'entends rien à ce mystère ; Mais je vois celle qui m'est chère , Et je sens là battre mon cœur Et de plaisir et de bonheur.
LE COMTE
On me trompe , la chose est claire ; Mais je connaîtrai ce mystère ; Pour déjouer un séducteur , Cachons mon trouble et ma fureur.
LE COMTE
Oui , je puis savoir si c'est réellement le fils du marquis d'Aveiro; car, par bonheur, celte lettre que j'ai reçue ce matin contient son signalement.
( 11 la prend et regarde. ) FRÉDÉRIC, à part.
Le signalement !... je suis perdu.
LE COMTE , lisant bas et regardant Frédéric.
Non , non , parfaitement conforme ; c'est bien lui.
FRÉDÉRIC
Je suis sauvé ; ma foi , je ne sais pas comment.
JULIETTE
Eh mais ! qu'avez-vous donc , mon père ? Vous êtes tout ému.
LE COMTE
Rien , rien , mou enfant ; holà , quelqu'un. ( Un domestique entre. ) Conduisez monsieur à l'appartement qui lui est destiné. ( A Frédéric. ) Nous nous reverrons bientôt; jusque-là, je vous laisse à vos réflexions.
Air du vaudeville de la Somnambule
Mais songez-y ; la fuite est impossible ; Car sur l'honneur vous êtes prisonnier.
FRÉDÉRIC
Une prison est toujours bien terrible;
(RegardantJuliette.) Mais en ces lieux, qaand je pense au geôlier, Je me soumets sans murmure et sans peines. Loin de gémir de ma captivité, Puissé-je, hélas! trop heureux de mes chaînes, Ne retrouver jamais la liberté !
(Il sort.)